La pop moderne de Camille Yembe, l’union improbable du rap et du rock psychédélique, le retour du folk d’Alela Diane ou la fraîcheur yéyé du trio rock garage Coup Dur. On a tout écouté… et on vous raconte !1. "The English Want Coup Dur" de Coup Dur★★★★☆C’est qui? Trio formé entre Bruxelles, Strasbourg et Anvers, Coup Dur conjugue au présent les bons plans du passé. Twist, yéyé et rock garage sont les points forts de ces trois jeunes gens dans le vent: Avril De Broucker (Lavomatic), Clémence D'Hulst (Fake Empire) et César Laloux (ex-Ada Oda, ex-BRNS, ex-Italian Boyfriend) délimitent les angles de Coup Dur: un triangle d'amour dont les sommets convoquent des sons piochés chez Jacqueline Taïeb, Allah-Las ou France Gall.Notre avis: Recycler des antiquités sans sonner vieillot ! C'est le pari relevé - et gagné - par Coup Dur. Sur ce premier essai à la fraîcheur printanière, textes ultra naïfs et mélodies artisanales convolent dans des chansons au cœur brisé. C'est ici que la formule guitare-basse-batterie épouse pleinement le XXIème siècle: désillusions Tinder, ruptures Meetic et autres lapins posés à l'ère des réseaux sociaux infiltrent les refrains romantiques de ce disque au charme suranné. Un Coup Dur, mais quasi parfait.Coup Dur - "Mon Amie"2. "Jeune & Laide" de Camille Yembe★★★★☆C’est qui? Nouvelle égérie de la pop francophone, Camille Yembe débarque dans l'arène sous les encouragements de Stromae et Damso. Mélomane sans formation musicale, l'artiste belgo-congolaise s'affranchit des théories éculées de la pop pour délivrer une chanson française imbibée de rap, de soul, de rock, de R'n'B et de références caribéennes. À 29 ans, elle est – à l'instar de Rosalía, Dua Lipa ou Fontaines D.C. – titulaire du prestigieux « Music Moves Europe Award », un prix qui consacre les grands espoirs musicaux du continent.Notre avis : Récit d'une perdition adolescente dans les rues de Molenbeek, "Jeune & Laide" tire profit d'une culture musicale hétéroclite. Passionnée par les télécrochets (Nouvelle Star, The X-Factor), fan de Diam's, de Charles Aznavour, de Christine and the Queens ou des jeux de mots de Raymond Devos, Camille Yembe apprivoise ses passions avec un sens singulier de la mélodie. Entre mélancolie radieuse, collaborations avec Ino Casablanca et Lous & The Yakuza, la chanteuse revisite les traumas du passé, évoquant notamment son rapport au corps et à la pauvreté. C'est le cas dans "Les Euros", un titre assemblé à la jonction de la pop moderne et d'un clin d'œil assumé à "Africa", classique soft rock signé en 1982 par Toto. Un tourbillon d'émotions - et de sons - pour un disque à la sincérité salutaire.• En concert le 24 mai, Les Nuits Botanique (Bruxelles)• En concert le 5 juillet, Les Ardentes (Liège)• En concert le 17 juillet, Dour Festival (Dour)• En concert le 26 juillet, Les Francofolies de Spa (Spa)• En concert le 21 août, au Pukkelpop (Hasselt)https://youtu.be/RdoiYbQa_UI?si=42mn3719jLIET_Pm3. "No country for old men" de Chuck D & John Densmore (doPE) ★★★☆☆C’est qui? Voilà sans doute l'association la plus improbable de l'année: Chuck D, 65 ans, pionnier du rap et fer de lance de Public Enemy, collabore avec le batteur des Doors, John Densmore. À 81 ans, ce dernier est toujours sur le bon tempo. L'union de ces deux monstres sacrés s'appelle doPE, contraction de noms restés dans l'histoire : The Doors et Public Enemy.Notre avis: La collaboration entre Chuck D et John Densmore se joue, bien évidemment, au croisement du hip-hop et du rock psychédélique. Liés par les rides et l'expérience accumulée au fil des années, les deux hommes partent du principe que "tout le monde vieillit, sans forcément atteindre la maturité". C'est le point de départ des morceaux enregistrés sur "no country for old men". Clin d'œil au chef-d'œuvre littéraire de Cormac McCarthy, ce titre voit le duo enfiler les références old school avec l'agilité de vieux singes. Pas assagi pour autant, Chuck D balance son flow à l'ancienne, tandis que John Densmore recycle les plans d'autrefois, en s'autorisant, ici et là, quelques sorties bluesy en mode spoken word. Sans réinventer la roue, les papys font de la résistance. Pas de retraite pour les vieux hommes.Chuck D & John Densmore (doPE) - "every tick tick tick"4. "Who's Keeping Time?" d'Alela Diane★★★☆☆C’est qui? Au début des années 2000, une petite bourgade californienne devient l'épicentre d'un véritable séisme émotionnel sur les terres du folk moderne. Située à moins de 100 km de Sacramento, la commune de Nevada City abrite les voix de Joanna Newsom, Mariee Sioux et Alela Diane. Toujours au taquet, cette dernière cultive l'héritage légué par des chanteuses comme Joni Mitchell, Karen Dalton ou Joan Baez.Notre avis: Le huitième album d'Alela Diane s'est dessiné au lendemain d'un décès. Troublée par la disparition de son ami Michael Hurley (1941-2025), figure emblématique de la scène folk du Greenwich Village des années 1960 et 1970, la chanteuse ravive les souvenirs et interroge le temps qui passe à travers une collection de chansons à la mélancolie gracieuse. Relocalisée à Portland sous le toit d'une somptueuse demeure victorienne, Alela Diane revient à ses premières amours ("California") en posant sa voix d'ange sur des mélodies bucoliques ("Dusty Roses"). Une force tranquille.• En concert le 30 octobre, à De Roma (Anvers)Alela Diane - "Dusty Roses" (Attic Live Session)