Le deuxième opus du titanesque diptyque réalisé par Antonin Baudry, consacré à l’action du général de Gaulle pendant la Seconde Guerre mondiale, est de ces films qui se prêtent difficilement à l’exercice d’une critique cherchant de bonne foi à mettre en lumière les qualités esthétiques d’une œuvre sans faire abstraction de son point de vue politique. Car ici, ce point de vue relève moins d’un regard nuancé sur son sujet, aussi riche soit-il, que d’un projet patriotique auquel sont subordonnés tous les moyens du cinéma — quitte à appuyer un peu lourdement sur les ressorts de l’émotion.S’il nous semble approprié d’insister, dans ce cas précis, sur la tension entre le rôle attendu du critique et l’ambition artistique du film, c’est précisément parce que ce dernier est né de la volonté de Pathé de mobiliser l’un des budgets les plus importants de l’histoire du cinéma européen afin de rassembler un public très large. Nos réserves ne doivent d’ailleurs pas nous empêcher de reconnaître que l’entreprise se révèle, par moments, redoutablement efficace : elle a en effet de quoi toucher un bon nombre de spectateurs. Lors du visionnement de presse à Montréal, un matin au Cineplex Quartier latin, de vives réactions se faisaient entendre. À la sortie de la salle, une spectatrice s’est même empressée d’appeler quelqu’un pour lui annoncer : « J’ai pleuré tout le long ! »