Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Romans francophones Romans francophones Romans francophones Un roman elliptique de la violence familiale et de sa reconduction de génération en génération. Article réservé aux abonnés « N’efface pas mes cercles », d’Emma Marsantes, Verdier, 160 p., 19,50 €, numérique 17 €. N’efface pas mes cercles raconte une longue histoire de victimes, sans coupable clairement désigné. Le roman s’ouvre sur un suicide, aboutissement d’une chaîne d’événements douloureux qui s’entrechoquent sur quatre générations. Le 8 octobre 1980, Elsa, mère de la narratrice, se pend dans son appartement cossu de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). On ignore d’abord ce qui l’a conduite à ce geste ; elle apparaît bientôt comme la sacrifiée d’une histoire familiale qui la précède et l’écrase. « Femme au foyer, prostituée légale, incarcérée dans l’écrin de son luxe » : l’incipit condense déjà le récit à venir, porté par une écriture éruptive et poétique, aiguisée comme un couteau planté dans la peau du temps. Révélée en 2022 par Une mère éphémère (Verdier), Emma Marsantes, née en 1960, retrouve ici Mia, son double fictionnel. Son premier roman plaçait déjà le suicide de la mère au cœur d’une enfance ravagée, notamment par les violences incestueuses du frère de la narratrice. Ces éléments relèvent-ils d’une expérience vécue ? La question peut intriguer, mais elle importe peu : elle ne concerne pas la littérature – d’autant qu’Emma Marsantes n’existe pas tout à fait. Le pseudonyme est presque un personnage : « Emma » pourrait renvoyer à l’héroïne blessée de Flaubert, « Marsantes » au patronyme d’une femme d’A la recherche du temps perdu, « fleurie sur la même souche généalogique que des frères brutaux, débauchés et vils », écrit Proust. La fiction n’élude pas le réel : elle le transforme, le déplace au sein d’un monde qui lui est propre. Il vous reste 64.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.