La guerre commerciale n’est pas la seule source d’incertitude pour l’économie canadienne. La hausse des taux d’intérêt observée dans le marché obligataire pourrait également exercer une pression sur la croissance, selon des experts.Au Canada, le taux des obligations de dix ans du gouvernement fédéral est passé de 3,42 % à la fin de l’année dernière à 3,81 % à la fermeture des marchés mardi.Cette hausse « n’est pas une bonne nouvelle » pour l’économie canadienne, estime l’économiste principal chez Financement agricole Canada (FAC), Krishen Rangasamy, en entrevue.Une augmentation des taux d’intérêt des obligations entraîne une hausse des coûts de financement pour les gouvernements et les entreprises. Les mouvements du marché obligataire ont aussi des répercussions sur les ménages et les petites entreprises en rendant les emprunts et les prêts hypothécaires plus coûteux.Les taux des obligations fédérales de dix ans peuvent sembler relativement modestes lorsqu’on compare aux taux de 5 % à 6 % du début des années 2000, ou même aux taux supérieurs à 10 % au tournant des années 1980.La comparaison est imparfaite, nuance l’économiste chez Banque Nationale, Matthieu Arseneau, au bout du fil. Les ménages et les entreprises se sont habitués aux niveaux plus bas des taux des dernières années. Le point de départ est plus important que le pourcentage en absolu, précise-t-il.La hausse des taux « n’est pas fulgurante », nuance toutefois le premier directeur de la modélisation et des prévisions économiques chez la Banque Scotia, Olivier Gervais. Jusqu’à maintenant, l’augmentation des taux reflète des conditions économiques « assez normales », selon lui.M. Rangasamy s’inquiète toutefois de la tendance. Il souligne qu’il a révisé régulièrement ses prévisions, car le marché obligataire réagit plus rapidement qu’anticipé.Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les investisseurs réclament de meilleurs taux pour acheter la dette des gouvernements, avance l’économiste de FAC.La dette émise sur le marché augmente. Les gouvernements occidentaux continuent d’accumuler les déficits. À cela s’ajoute le développement récent de l’intelligence artificielle, gourmande en consommation d’énergie, qui nécessite d’importants investissements, explique-t-il.Les tensions commerciales et le conflit en Iran amènent aussi une pression inflationniste. Les investisseurs vont ainsi demander de meilleurs taux pour protéger leur rendement réel, ajoute-t-il.