Publié le 09/09/2026 09:14

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Mercredi 9 septembre, Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, était l'invitée politique de franceinfo. Selon elle, il est nécessaire d'"accélérer" en matière de soutien à l'Ukraine, notamment sur le volet antibalistique. Elle souligne néanmoins qu'il n'est toujours pas prévu qu'un pays membre de l'OTAN intervienne directement dans le ciel ukrainien.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Alix Bouilhaguet : Les bombardements russes en Ukraine se sont intensifiés, y compris à Kiev. Des frappes qui touchent de plus en plus des infrastructures civiles ukrainiennes. "Nous sommes entrés dans une nouvelle guerre", c'est ce qu'a dit le maire de la ville. Combien de temps l'Ukraine peut-elle résister ?Alice Rufo : L'Ukraine tient, elle résiste et elle est assez confiante, à juste titre, sur sa capacité à résister aux agressions russes qui. Vous avez raison, l'été a été extrêmement meurtrier, et puis les Russes ont intensifié leurs frappes très peu de temps après les promesses de négociations et de volonté de paix affichée, comme souvent. L'Ukraine demande du soutien, notamment sur le volet antibalistique, parce qu'il y a beaucoup de missiles balistiques tirés par la Russie, et il faut le lui donner. Et si l'Ukraine résiste, si nous sommes à la hauteur du soutien collectivement, alors évidemment l'Ukraine tiendra. Maintenant, la question, c'est celle des négociations qui ont repris, et ça aussi, c'est une bonne chose.Est-ce que ça signifie que la France et l'Union européenne doivent relever à la hausse leurs engagements pour aider davantage l'Ukraine et aider le pays à passer l'hiver ?Oui, il faut accélérer. Il faut accélérer sur les menaces qui sont actuellement en cours. Sur les drones, l'Ukraine a fait des progrès spectaculaires. C'est vrai que sur le balistique, et le président Zelensky le dit, il faut qu'on accélère. Nous, vous savez qu'on a pris des engagements, notamment en matière de protection aérienne et antimissiles. On accélère collectivement. L'Europe accélère. D'ailleurs, c'est elle qui finance le soutien à l'Ukraine. Oui, l'hiver, je crois que les Ukrainiens le disent très clairement, peut être difficile, mais les Ukrainiens sont déterminés à tenir et nous devons accélérer pour les aider.Volodymyr Zelensky demande toujours plus de systèmes de défense anti-aérienne. Il demande aussi la fermeture du ciel ukrainien. Il est toujours hors de question pour la France d'envoyer des avions Rafale pour aller dans le ciel ukrainien ?D'abord, on est engagé sur la construction de l'armée de l'air ukrainienne, puisque vous savez qu'il y a des accords qui ont été signés, lorsque le président Zelensky est venu à Paris, pour fournir des Rafale à l'Ukraine. La question que vous posez, c'est celle qui est mise sur la table, effectivement, par pas mal de commentateurs et des gens qui réfléchissent tout simplement au conflit : "Est-ce qu'au fond, on peut défendre le ciel ukrainien depuis un pays de l'OTAN ?". Pour l'instant, ce ne sont pas les paramètres qui ont été retenus. Les paramètres, c'est d'aider l'Ukraine à se défendre sans confrontation directe avec la Russie. Cela dit, et je tiens à le dire très clairement, ça fait des années que nous, on dit qu'on travaille dans le cadre de la coalition des volontaires. On a fait des pas extraordinaires en matière de livraison d'aviation de chasse, de formation des pilotes, au début de chars. Donc les options sont examinées, mais celle-là n'est pas retenue à ce stade dans la coalition.Catherine Vautrin, la ministre des Armées, dit que les Rafale, ce sera avec la coalition des volontaires et une fois qu'il y aura un cessez-le-feu. Sauf que le jour où il y a un cessez-le-feu, c'est trop tard pour les Ukrainiens. On ne le fait pas parce que la France craint de devenir cobelligérante ?D'abord, on donne de l'avion de chasse à l'Ukraine, on leur en livre. C'est le cas de la Suède, par exemple, avec les Gripen, des Américains avec les F-16, de la France avec les Rafale. On a une discussion en cours avec l'Ukraine pour protéger le ciel ukrainien de deux manières : avec de l'aviation de combat, mais aussi avec de la protection aérienne et antimissile. C'est tous les systèmes qui permettent d'arrêter les missiles balistiques. C'est ça que nous demande l'Ukraine, en particulier de manière urgente pour cet hiver. Mais lorsque la ministre des Armées dit cela, c'est parce qu'effectivement, les paramètres de la manière dont on soutient l'Ukraine, c'est du soutien pour se défendre. Les discussions au sein de la coalition des volontaires, elles sont collectives. Vous dire qu'aujourd'hui, il y a un accord pour, depuis un pays de l'OTAN, directement agir dans le ciel de l'Ukraine, non, c'est pas le cas.Certains disent qu'on n'en fait pas assez pour l'Ukraine. D'autres, au contraire, disent qu'on en fait trop. C'est le cas du maire RN de Perpignan, Louis Aliot. Pour lui, il faut couper le robinet des aides à l'Ukraine. Alors je traduis une question que, sans doute, certains Français se posent : malgré notre dette, malgré notre déficit, est-ce que la France a toujours les moyens d'aider l'Ukraine ?Je trouve cette phrase terrible et, d'ailleurs, elle dit beaucoup des erreurs stratégiques qui ont été faites par le Rassemblement national depuis le début du conflit, où il a été proposé une alliance avec la Russie en 2022. Russie qui nous menace directement. Aujourd'hui, fermer le robinet, qu'est-ce que ça signifie ? L'Ukraine, sur le champ de bataille, joue une partie de la sécurité européenne, premièrement. Donc, c'est dans notre intérêt de sécurité. Deuxièmement, coopérer avec l'Ukraine, travailler avec l'armée ukrainienne et les percées industrielles qu'ont faites les Ukrainiens sur les drones, c'est dans l'intérêt de la France. Affaiblir le soutien à l'Ukraine ou vouloir couper je ne sais quel robinet, c'est aller à l'encontre des intérêts de sécurité du pays. C'est curieux.Face à Moscou, l'Estonie a installé des bunkers, des fossés antichars. La Lettonie a érigé 300 km de clôture, la Lituanie va créer des marécages, la Finlande inaugure une clôture de 200 km anti-invasion à la frontière avec la Russie. Est-ce que vous croyez qu'une invasion russe est possible ?J'ai entendu les déclarations du président russe suite au contact entre les Russes et les Américains, disant que la Russie n'était pas menaçante pour l'Europe. C'est d'ailleurs peut-être sur ce fondement que certains se basent pour dire qu'il faut couper le robinet du soutien à l'Ukraine. Mais là, c'est toute la stratégie du Kremlin. C'est de dire : "Mais non, nous ne sommes pas agressifs". Moyennant quoi, il y a des tests avec des drones, on l'a vu encore récemment en Allemagne. Il y a des attaques hybrides sur nos infrastructures cyber et sur nos campagnes électorales. Il y a un test de la Russie qui touche nos partenaires de l'Est que nous soutenons activement, y compris avec des Rafale dans le ciel. Mais je ne crois pas à la non-agressivité de la Russie vis-à-vis de l'Europe.Vous serez aujourd'hui avec Emmanuel Macron au Sommet international sur l'espace au Grand Palais. 120 pays conviés, sauf la Russie, l'Iran et la Corée du Nord. Mais il y a des défections. Les géants américains SpaceX et Blue Origin ont décliné. Donald Trump aurait fait pression pour qu'ils annulent leur venue. Est-ce que c'est vrai ?Je ne sais pas, mais si c'est le cas, c'est dommage pour eux. Cela dit, il y a des acteurs américains au sommet spatial de ce jour et des représentations de l'administration américaine. On travaille avec beaucoup de pays et beaucoup d'entreprises, y compris américaines.Il y a quand même un symbole fort des difficultés du décrochage industriel de la France et de l'Union européenne, c'est Arianespace, qui régnait en maître il y a encore peu de temps, et qui est aujourd'hui marginalisée face à SpaceX. Est-ce qu'on peut rattraper ce retard ?D'abord oui, et ensuite je ne reprendrais pas le terme marginalisation. J'étais hier avec des entreprises de ce qu'on appelle le NewSpace. Il y a tout un écosystème spatial en France et en Europe qui est très dynamique et l'Europe a des arguments majeurs en matière spatiale. D'où l'objet de ce sommet qui est de redonner une ambition européenne forte et de travailler avec des partenaires à l'échelle internationale.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité