Monde EuropeLes éditos d'Eric CholL'édito de la semaine. Outre-Rhin, de plus en plus d’électeurs cèdent aux sirènes de l’AfD, symptôme d’un malaise profond attisé par le "choc chinois" survenu au pays de Volkswagen.articleLecture 4 MinPublié le 08/09/2026 à 15:06Alice Weidel, co-présidente de l'AfD, arrive au Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, à Berlin, le 8 septembre 2026, pour le débat sur le budget 2027.REUTERS/Liesa JohannssenLe score pharaonique de l’AfD en Saxe-Anhaldt (43,8 % des voix) a provoqué un séisme politique en Allemagne. Signal du retour en force de l’extrême droite - dans un land certes minuscule et sans la certitude d’en obtenir la présidence - ce triomphe électoral a réveillé les vieux démons de l’avant-guerre, infligeant un camouflet sévère au chancelier Merz. Désormais, Alice Weidel, la patronne de l’AfD rêve de renverser le système : pour ceux qui en douteraient encore, le malaise politique est profond outre-Rhin. Rien de tout à fait nouveau : la Thuringe en 2024 avait déjà cédé aux sirènes de l’extrême droite. Surtout, difficile pour la France de donner des leçons de moralité, quand, dans sept mois, elle risque d’être confrontée au même phénomène. Mieux vaut s’interroger sur les causes d’un tel raz-de-marée. Si l’immigration conserve une place essentielle dans le vote pro AfD, elle est loin d’être le seul sujet de préoccupation des Allemands. En creux, le "choc chinois" intervenu au cours des cinq dernières années explique en partie le sentiment de déclassement qui parcourt le pays. Depuis le Covid, le "made in Germany", s’est fait tailler des croupières par le "made in China". "La Chine domine grâce à un immense savoir-faire en matière de production, issu d’un système éducatif axé sur l’excellence, à des subventions élevées, à un environnement concurrentiel qui ferait transpirer même les PME les plus aguerries, et à une monnaie maintenue à un niveau bas, détaille Maximilian Paleschke, économiste auprès du think-tank berlinois Dezernat Zukunft. Cela a commencé par les câbles, puis sont venus les panneaux solaires, les moteurs électriques et, enfin, les voitures. Les dominos tombent les uns après les autres."Résultat, le modèle allemand est devenu l’ombre de lui-même : les usines ferment et l’industrie, qui représente un quart de l’économie nationale, voit ses effectifs fondre (350 000 emplois perdus depuis fin 2019). L'AfD propose une réponse offensiveTouché, mais pas coulé. Soumis à rudes épreuves (récession, inflation, prix de l’énergie, concurrence chinoise...) le pays de Volkswagen, BASF ou Rheinmetall n’a pas dit son dernier mot. Dans la douleur, la transformation est en cours. "On a bon espoir que la majeure partie du choc soit faite, raconte Stéphane Colliac, économiste chez BNP Paribas. Les indicateurs s’améliorent, il y a un horizon pour l'industrie allemande, bien placée pour répondre aux nombreux défis européens, sur la défense, l'électrification, ou l'aéronautique". Ces nouvelles encourageantes sont encore difficilement perceptibles sur le terrain, en particulier dans le Land de Saxe-Anhalt, où le taux de chômage (8,1 %) dépasse la moyenne nationale. "L’absence générale d’exemples de croissance positifs crée un vide que comble l’AfD, résume Maximilian Paleschke. L’AfD propose une réponse offensive en négligeant les problèmes et en proposant un discours axé sur le nous d’abord, les autres ensuite." Un discours aussi trompeur qu’efficace politiquement.