La série documentaire “Mécaniques du journalisme”, sur France 5, dissèque les méthodes de travail qui ont permis de révéler plusieurs scandales d’État. Une façon de rappeler, à l’aube d’une année très politique, le rôle majeur du quatrième pouvoir. Ces deux volets de « Mécaniques du journalisme » sont consacrés d’abord à l’affaire Cahuzac. Photo Thibault Camus/AP/SIPA / Thibault Camus/AP/SIPA Par Etienne Labrunie Publié le 08 septembre 2026 à 13h00 Présidentielle oblige, l’année promet d’être politique sur les antennes de France Télévisions. La case documentaire du mardi soir sur France 5 n’échappe pas à la règle et inaugure une soirée spéciale, ce 8 septembre, avec les deux premiers épisodes d’une nouvelle collection documentaire icarnée par Mélanie Taravant, dévoilant les coulisses de grandes enquêtes qui ont révélé des scandales d’État. Adaptés de la série de podcasts éponyme lancée en 2020 sur France Culture, ces deux volets de Mécaniques du journalisme sont consacrés d’abord à l’affaire Cahuzac, du nom du ministre du Budget (2012-2013) de François Hollande ayant fait de l’évasion fiscale sa priorité tout en ayant un compte en Suisse. Puis à l’épais dossier Bygmalion, scandale politico-financier ayant révélé le système de fausses factures grâce auquel Nicolas Sarkozy a pu financer sa campagne présidentielle de 2012. Deux gros morceaux et plusieurs mois de boulot pour, respectivement, Fabrice Arfi (Mediapart) et Violette Lazard (Libération puis Nouvel Obs) qui ont accepté de dévoiler les dessous de leurs enquêtes et de décortiquer leur méthode de travail. Ils ne manquent pas non plus de revenir sur les pressions subies, ou les attaques très directes (à gauche comme à droite) dont ils ont été victimes, tout comme leurs médias. À lire aussi : Podcast : l’affaire Bygmalion comme si vous y étiez dans “Mécaniques du journalisme” Au-delà du résultat, très réussi, de cette adaptation, doit-on voir un message subliminal dans cette programmation de rentrée sur France Télévisions ? Une sorte de pied de nez après une année marquée par le procès politique (et caricatural) instruit par la commission d’enquête du rapporteur Charles Alloncle contre l’audiovisuel public ? Autrement dit, cette master class journalistique 100 % service public en ouverture de saison est-elle totalement fortuite ? « À l’aube d’une campagne présidentielle qui va sans doute être assez dure et risque de porter des charges très fortes contre la profession, déjà accusée de produire des fake news ou de vouloir manipuler l’opinion, il nous est apparu important de réaffirmer le rôle du journaliste dans la défense d’un contre-pouvoir », justifie Renaud Allilaire, directeur délégué des documentaires société et géopolitique à France Télévisions. Difficile toutefois de ne pas y voir un petit clin d’œil. D’autant que cette série, dans les tuyaux avant le début de la commission, a vu son timing s’accélérer en mars, les réalisateurs choisis ayant eu un peu plus de trois mois, délai court, pour rendre leur copie. « C’est un bon programme de rentrée pour démarrer la saison, non ? » glisse, non sans malice, Renaud Allilaire. Disséquer le travail des journalistes ou raconter le dessous des enquêtes n’est pas une démarche nouvelle. La direction de France Télé renvoie d’ailleurs à la diffusion d’autres séries de ce type sur France 5 (Projet Green Blood en 2020 ou Malte, au nom de Daphné en 2021) liées au travail de Forbidden Stories, réseau international de journalistes d’investigation. Elle inscrit, de plus, cette nouvelle collection (deux autres épisodes de Mécaniques du journalisme, sur les affaires Hulot et abbé Pierre sont déjà en boîte) dans une démarche pédagogique, au même titre que La Fabrique du mensonge, qui dissèque théories du complot et fake news. « Ici, il s’agit de décortiquer une mécanique presque au sens “garagiste” du mot. Ce n’est pas qu’un acte de défense du journalisme », souligne Renaud Allilaire. Quand on voit Violette Lazard éplucher des centaines de factures pour dénicher un chiffre, ce n’est pas hyper spectaculaire, mais c’est la réalité du métier. Vincent de Cointet, réalisateur de l’épisode sur Bygmalion Compliqué toutefois d’échapper au procès en corporatisme. « Je comprends cette critique : encore des journalistes qui racontent des journalistes, confie Nicolas de Labareyre, réalisateur du volet sur Cahuzac. Mais là, il s’agit de montrer l’impact d’enquêtes hors norme. » « On ne remet pas une médaille, on cherche juste à démontrer que le journalisme est un métier à part entière qui ne s’improvise pas », explique Christophe Koszarek, coproducteur de la collection et spécialiste des médias (C médiatique et Médias le mag sur France 5). À ce titre, cette série a pour vertu de briser quelques clichés sur le grand reportage. « Quand on voit Violette Lazard éplucher des centaines de factures pour dénicher un chiffre, ce n’est pas hyper spectaculaire, mais c’est la réalité du métier », souligne Vincent de Cointet, réalisateur de l’épisode Bygmalion où la journaliste délivre au passage quelques clés pour accéder à des informations publiques comme les comptes de campagnes des partis politiques. Dans le contexte saturé de l’information gangrenée par la bataille de l’opinion, cette série documentaire a aussi le mérite de rappeler que si les politiques font les lois, ils n’y échappent pas non plus. Mécaniques du journalisme, mardi 8 septembre, sur France 5 à 21h05. Télévision Démocratie France Télévisions Journalisme Bygmalion Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Affaires Cahuzac, Bygmalion : “Nous avons voulu montrer l’impact d’enquêtes journalistiques hors norme”
La série documentaire “Mécaniques du journalisme”, sur France 5, dissèque les méthodes de travail qui ont permis de révéler plusieurs scandales d’État. Une façon de rappeler, à l’aube d’une année très politique, le rôle majeur du quatrième pouvoir.







