Publié le 06/06/2026 22:47
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Jean-Michel Décugis, grand reporter au "Parisien" et co-auteur de "Main basse sur le Louvre : Les secrets du casse" aux éditions Flammarion, était l’invité de Tout est politique sur franceinfo samedi 6 juin.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.France Télévisions : Vous qui suivez les affaires judiciaires depuis maintenant une trentaine d'années, quelques questions sur l'affaire Lyhanna pour commencer. Le parquet d'Auch (Gers) est pointé du doigt par le garde des Sceaux pour ne pas avoir entendu le suspect alors qu'une plainte avait été déposée depuis août 2025 et que son nom figurait dans tous les fichiers. Est-ce qu'il y a, selon vous, des dysfonctionnements majeurs dans cette affaire ?Jean-Michel Décugis, grand reporter au Parisien et co-auteur de Main basse sur le Louvre : Les secrets du casse aux éditions Flammarion : C'est très clair qu'il y a des dysfonctionnements majeurs et ils sont multiples. Ça commence à Toulouse (Haute-Garonne), où il y a une enquête qui est bien faite, visiblement, et où il ne manque plus qu'à mettre la personne en garde à vue. On préfère transmettre à Auch parce que les faits sont commis là-bas et que la personne habite là-bas. On sait qu'on envoie la procédure par courrier. À l'heure où il y a l'IA, c'est par courrier qu'on envoie ça. Ça met neuf jours pour arriver là-bas, il faut trois mois pour que ce soit enregistré. Et ensuite, on saisit la plus petite des brigades qui n'a pas d'affaire criminelle, en l'occurrence. C'est la seule affaire criminelle, et il ne se passe rien. Il y a la consigne qu'il faut placer la personne en garde à vue, mais il ne se passe rien jusqu'au drame. Je veux bien entendre les procureurs généraux qui écrivent "pas de sanctions tant que l’enquête n’est pas finie." Mais à un moment, il y a des dysfonctionnements. On ne peut pas mettre ça sur le compte des moyens. Oui, la justice manque de moyens. J’ai fait un livre il y a quelques années, il s'appelait Ministère de l'Injustice. Pourquoi ? Parce que la justice en France fabrique de l'injustice. Beaucoup d'affaires sont mal faites, par manque de moyens, par tout un tas de choses. Et c'est vrai que les magistrats, à un moment, ont des responsabilités.Si ce n'est pas un manque de moyens, c'est quoi ?Je ne sais pas. Vous avez une fillette de dix ans, qui dit avoir été violée. Il y a une enquête, une expertise médicale qui accrédite visiblement ce qu'elle dit. Il y a une expertise psy. Il y a des témoignages. Le dossier est ficelé. Il n'y a plus qu'à entendre la personne.C'est une négligence, une indifférence ?La justice en France tourne à deux vitesses. Il y a la justice pour les nantis, pour les gens célèbres, la justice médiatisée où là, tout va très vite, les moyens sont déployés, et puis il y a la justice à Auch.Et la justice à Auch, ce n'est pas parce qu'elle a moins d'effectifs, pour vous, qu'il y a un problème ?Je ne sais pas combien il y a de viols de fillettes à Auch. Selon mes informations, la brigade n'avait qu'un dossier criminel. C'était le seul.Il y a des similitudes avec l'affaire Maëlys. Est-ce que Jérôme Barrella, c'est le même profil qu'un prédateur comme Nordahl Lelandais ?Je n'en sais rien. Il y a eu des enquêtes qui ont été classées, mais il suffisait de regarder dans le logiciel qui s'appelle Cassiopée, pour voir que le type était connu pour des infractions sur mineurs. On dit qu'il faut prioriser. Mais un viol de fillette, qu'est-ce qu'il y a de plus prioritaire ?C’est très fréquent, ce genre d'erreur ?Non, je ne dis pas que c'est très fréquent. Je dis que la justice en France ne fonctionne pas bien. Je ne suis ni procureur, ni ministre de la Justice, je suis journaliste. Ça fait plus de 30 ans que je fais des faits divers, que je fais des affaires de justice. Et quand on discute avec d'autres je ne vais pas faire de provocation, mais il vaut mieux ne pas avoir affaire à la justice. C'est ce que je pense personnellement après plus de 30 ans de terrain, parce que combien de fois je suis tombé sur des dysfonctionnements majeurs, sur les faits divers. On voit des meurtriers qui sont passés à travers les mailles du filet. L'affaire Pellicot, qu'est-ce qui s'est passé ? Normalement, Pellicot, on aurait pu l'arrêter bien avant. Pourquoi ? Des traces ADN ont été perdues. Elles ne sont jamais arrivées.Comment vous l’expliquez ? Est-ce vraiment les moyens qui sont problématiques, parce que quand on compare les budgets, on est sous-dotés comparé à l’Allemagne ? Ou est-ce que c'est autre chose ?Il y a un manque de moyens, et je pense que les magistrats ne se remettent pas assez en question. Je pense ça, réellement. Je ne vais pas me faire des amis. Je pense qu'il y a un problème de recrutement.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité








