Publié le 29/05/2026 09:39
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"Dans un moment de crise de confiance dans l'institution judiciaire, il est indispensable de venir expliquer le fonctionnement de l'institution", a estimé le président du Tribunal judiciaire de Paris. A l'invitation de "Complément d'enquête", Peimane Ghaleh-Marzban s'est donc installé dans les fauteuils rouges de l'émission.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Tristan Waleckx : On est de retour avec vous, Peimane Ghaleh-Marzban. Bonsoir, merci beaucoup d'être avec nous, votre parole est rare. C'est même la première fois que le président du Tribunal judiciaire de Paris accorde un entretien à "Complément d'enquête". Ça veut dire que la situation est particulièrement critique ?Peimane Ghaleh-Marzban : Cela signifie que dans un moment où il y a une crise de confiance dans l'institution judiciaire, il est indispensable de venir expliquer ce qu'est le fonctionnement de l'institution. Et c'est pourquoi j'ai répondu favorablement à votre invitation.Vous êtes inquiet, vous, de ces ingérences des Etats-Unis qui font quelque part pression sur les juges qui prennent des décisions qui ne leur plaisent pas trop ?Il y a un principe de base : sans indépendance, il n'y a pas de justice. Un juge doit pouvoir examiner des dossiers sans contrainte, sans menace, sans pression. Nicolas Guillou a fait l'objet de sanctions. C'est une situation qui est inacceptable. Qu'une grande démocratie comme les Etats-Unis prenne une telle décision, c'est quelque chose d'inédit et qui doit, je crois, réveiller l'ensemble des consciences.Vous le connaissez, ce juge, Nicolas Guillou ?J'ai eu l'occasion de le rencontrer. C'est un homme admirable parce qu'il fait son métier, qu'il le fait avec conscience, qu'il le fait avec un soin méticuleux. Et pour le seul fait d'avoir exercé sa fonction, le voilà sous sanctions. Il explique qu'il ne peut plus utiliser sa carte bancaire, qu'il ne peut plus faire une location d'une chambre d'hôtel, qu'il ne pourrait pas, le cas échéant, avoir recours à tel ou tel service...C'est le cas aussi de vos magistrats ici du Tribunal judiciaire de Paris qui ont condamné Marine Le Pen ?Rien, en l'état, ne concerne les magistrats, et je ne vais certainement pas évoquer la procédure en cours, car je ne voudrais pas que mes propos puissent avoir un impact sur cette procédure.En tout cas, il en a été question. Il y a eu ces informations de la presse allemande, et nous-mêmes, on avait interrogé en janvier Steve Bannon, un proche de Donald Trump qui avait expliqué que c'était, selon lui, une bonne décision. On a lu dans la presse que les magistrats qui ont condamné Marine Le Pen pourraient être interdits de séjour aux Etats-Unis. Ça permettrait de responsabiliser les magistrats parisiens, d'après Steve Bannon, qui s'est dit "à 100% pour".De manière générale, il faut bien avoir en tête que le procédé par lequel vous vous en prenez à un juge parce qu'il a pris une décision, c'est une atteinte au principe fondamental de la démocratie. Et ce qui s'est passé pour Nicolas Guillou est quelque chose de grave. Ça n'a pas forcément remué les consciences parce que c'est loin, parce que c'est la Cour pénale internationale, mais le procédé est inquiétant.On a entendu les propos d'un des coprévenus de Marine Le Pen, Bruno Gollnisch, qui explique qu'on a le droit de critiquer Bénédicte de Perthuis, la présidente du procès en première instance de Marine Le Pen. La liberté d'expression existe en France, on peut dire qu'on n'est pas d'accord avec une décision de justice...Il y a un principe de base : vous pouvez évidemment, dans une démocratie, critiquer une décision de justice. C'est quelque chose qui se fait et qui est légitime. En revanche, vous ne pouvez pas vous en prendre à la personne du juge. Donc la critique de la décision est légitime, mais le discrédit porté à l'institution judiciaire, qui dégrade en réalité les fondements mêmes de notre démocratie, c'est quelque chose qui n'est pas acceptable, parce que ça crée de la défiance.Mais là, vous visez les anonymes sur internet qui vont insulter tel ou tel juge, ou vous visez plutôt une classe politique qui va avoir tendance à nommer et à désigner un juge à la vindicte populaire ?Moi, je constate quelque chose. Il y a aujourd'hui un discours ambiant sur l'Etat de droit qui ne serait pas intangible. Il y a également, dans certains cas, lorsque des décisions sont prises, une attaque non pas de la décision, une critique de la décision, mais une critique des juges qui seraient politisés, qui seraient je ne sais pas dans quel complot. Cela crée un climat, un climat qui est inquiétant, et puis il y a la caisse de résonance que constituent les réseaux sociaux. Vous avez les plateaux de chaînes de télévision d'information continue, qui créent également une caisse de résonance. Et donc ça amplifie effectivement certaines critiques qui existaient auparavant.Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview diffusée dans "Complément d'enquête" le 28 mai 2026, à la suite de "'Laxistes' ? 'Gauchistes' ? Les juges pris pour cible !",Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.












