Publié le 19/06/2026 09:08

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Ministre sous François Hollande, il est à l'origine du plus gros scandale de son quinquennat. Depuis sa condamnation pour fraude fiscale et sa tentative ratée de retour en politique en 2024, Jérôme Cahuzac avait disparu des écrans. Il est dans les fauteuils rouges de "Complément d'enquête", interrogé par Tristan Waleckx.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Tristan Waleckx : On est de retour dans les jardins des Champs-Élysées, à deux pas de la présidence, avec vous, Jérôme Cahuzac, bonsoir. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous avez été ministre du Budget de François Hollande jusqu'à votre démission tonitruante en 2013 et votre exclusion du Parti socialiste après les révélations de Mediapart sur votre compte détenu à l'étranger. Vous avez été condamné en appel à quatre ans de prison, dont deux avec sursis. Après avoir purgé votre peine sous bracelet électronique, vous avez tenté un retour, sans succès, en politique aux législatives de 2024. Depuis, vous vous tenez éloigné de la politique et des médias. Pourquoi avoir décidé ce soir de venir dans nos fauteuils rouges après un portrait de François Hollande, dont je dois préciser qu'il n'a pas donné suite à notre invitation au plateau ce soir ?Jérôme Cahuzac : D'abord, vous me l'avez demandé gentiment, c'est toujours agréable. Et ensuite, je l'ai connu comme candidat, non pas d'emblée, car pour ma part, je soutenais plutôt Dominique Strauss-Kahn. Mais j'avais clairement dit à François Hollande que dans l'hypothèse où Dominique Strauss-Kahn ne pourrait être candidat, c'est lui que je soutiendrais et c'est donc ce que j'ai fait.Et vous avez coécrit son programme en 2012, et pas avec n'importe qui ?J'ai participé à la campagne présidentielle de 2012. Nous étions deux à tenter d'écrire le programme économique : Emmanuel Macron et moi-même en effet, oui.Comment ça s'est passé à cette époque-là ?Avec Emmanuel Macron, très bien. Avec François Hollande, à merveille. Une fois élu, je n'ai pas eu le sentiment qu'il avait vraiment l'intention de mettre en œuvre ce programme. Pour ma part, je l'ai regretté.Humainement, le portrait que l'on fait de François Hollande ce soir correspond au François Hollande que vous avez connu ?Il me semble que cette enquête a un avantage, et peut-être un manque ou deux. La première qualité, c'est de montrer à quel point François Hollande est un fidèle disciple du cardinal de Mazarin. Parmi les maximes sur lesquels le cardinal insiste le plus, il en est une que je vous livre : "Simule et dissimule." Et en regardant votre reportage, je n'ai pu que trouver la confirmation de ce que je pense, pour ma part, depuis maintenant longtemps de François Hollande. C'est que j'ai rarement vu quelqu'un avec une telle capacité de simulation et de dissimulation. Quand on le voit en Corrèze, encourager Anne Hidalgo, la soutenir, être avec elle d'une bonhomie, d'une sympathie, presque d'un réconfort psychologique, alors qu'on sait qu'au même moment, il l'a taillée en pièces auprès des journalistes politiques, il me semble que c'est un assez bon exemple de ce que le cardinal de Mazarin recommandait de faire aux politiciens.Et donc, François Hollande est un dissimulateur ? Dans la vie publique, il est probable que tous les hommes politiques ne disent pas toujours toute la vérité, et je suis bien placé pour vous le dire. Mais à ce point... je pense que c'est quand même assez rare.En 2024, il a été réélu, lui, député. Vous aussi, vous vous êtes présenté aux législatives. Quand il a été question de votre retour en politique, il avait dit ceci à la télévision :François Hollande : Moralement, il restera celui qui a menti et qui a menti à tout le pays, en définitive.Oui, j'ai menti. Alors le problème : est-ce un péché mortel ou est-ce un péché véniel ? C'est à chaque Français de décider. Pour ma part, quand on m'explique que c'est inexpiable, je le regrette, mais j'en prends acte. Je le trouve simplement un tout petit peu audacieux quand il s'érige, à propos du mensonge, au fond, en "père la morale"... mais il a les moyens de l'être, et moi pas.C'est-à-dire ? Qu'est-ce que vous entendez par là ?Il m'accuse d'avoir menti. Il considère donc que lui n'a jamais menti à ce propos ou à un autre. C'est un problème entre lui et sa conscience.Pour être tout à fait transparent, la seule condition que vous avez posée pour venir ce soir dans les fauteuils rouges, c'était de ne pas remontrer la plus célèbre archive vidéo vous concernant. C'était ce 5 décembre 2012 à l'Assemblée nationale.Ce qui ne vous empêche pas montrer quand même une photo...Et on ne met pas la vidéo. Pourquoi c'est trop dur pour vous de revoir ces images où vous expliquiez à la représentation nationale que vous n'aviez pas de compte en Suisse ?C'est parce que ces 45 secondes, j'ai fait ce que je n'aurais jamais voulu faire et j'ai été celui que je n'aurais jamais voulu être. C'est donc très douloureux pour moi. Je ne pousse pas le masochisme jusqu'à avoir plaisir à revoir ce que je n'ai jamais voulu être, et à entendre ce que je n'aurais jamais voulu dire.C'est un moment que vous regrettez, j'imagine ?On va arrêter d'en parler.Ce jour-là, si vous étiez aussi affirmatif, est-ce que c'est parce que vous aviez eu des garanties ? Est-ce que vous vous sentiez protégé par le gouvernement, par la présidence de François Hollande, par exemple ?Sur ce sujet, j'ai déjà dit tout ce que j'avais à dire, notamment à la justice. Je ne vous connais pas, mais je ne devine pas en vous l'âme d'un procureur.Il n'y a aucunement l'idée d'être un procureur, mais comme parfois les déclarations ont été un peu fluctuantes et comme on s'intéresse à François Hollande, c'est vrai que le niveau de connaissance de François Hollande de votre compte détenu à l'étranger nous intéresse. Est-ce que François Hollande, lorsque Mediapart fait ses premières révélations sur votre compte détenu à l'étranger, vous demande ce qu'il en est ? Est-ce qu'il est au courant du fait que vous avez un compte à l'étranger ?Ça n'a aucun intérêt. C'est un sujet que je ne veux plus aborder. Je vous demande de me comprendre. Mais vous pouvez continuer à me poser des questions sur ce sujet, je vous répondrai la même chose.Vous avez dit devant le tribunal, en première instance notamment, que vous aviez eu plusieurs rencontres avec François Hollande, et que François Hollande était parfaitement au courant dès le mois de décembre 2012 du fait que vous aviez un compte à l'étranger. Est-ce que vous maintenez ça aujourd'hui ?Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit à ce moment-là. Si ça vous intéresse, reprenez le texte. Si ça intéresse certains encore, ce que je déplorerais pour ma part, qu'ils reprennent le texte.Est-ce que vous avez... Je vais vous dire les choses très simplement. C'est un secret de polichinelle que François Hollande souhaite être candidat à la présidence de la République l'année prochaine. De mon point de vue, il en a parfaitement le droit. Au sein de la gauche républicaine, ils ne sont pas si nombreux à avoir un peu d'expérience et un peu d'épaisseur politique. Comme citoyen, je ne souhaite pas, au deuxième tour, devoir choisir entre le candidat du Rassemblement national, que ce soit Mme Le Pen ou M. Bardella, et Jean-Luc Mélenchon. Et donc, si au sein de la gauche républicaine, un candidat a peut-être une chance d'éviter ce choix épouvantable au pays, ne comptez pas sur moi pour, comment dirais-je, contribuer à une quelconque campagne de discrédit.(...)Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview diffusée dans "Complément d'enquête" le 18 juin 2026, à la suite de "François Hollande : moi, encore président ?". Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.