REPORTAGE. Rendez-vous incontournable de la rentrée, la braderie de Lille, avec ses 2 millions de visiteurs, a attiré samedi plusieurs têtes d’affiche politiques. Avec son meeting, le leader Insoumis a écrasé la concurrence.Plus possible d’avancer, ni de reculer : au pied du beffroi lillois, porte de Paris où, chaque année, sont installés les stands des partis politiques, des syndicats et des associations, une foule immense se masse de part et d’autre de la scène dressée à côté du barnum de La France insoumise (LFI) ; des jeunes, pour beaucoup, enthousiastes à l’idée de voir et d’écouter Jean-Luc Mélenchon. Nombre d’entre eux arborent un maillot de football bleu siglé du nom du leader Insoumis, distribué au prix de 25 euros.Pas de déambulation le long des étals ensoleillés, ni de poignées de mains échangées : le candidat LFIste à la présidentielle casse les codes de la braderie. Accueilli en rock star, il offre à ses supporters trois quarts d’heure de discours enflammé, attaquant d’emblée la proposition du Rassemblement national d’interdire le voile dans l’espace public. « Nous devons affirmer que plus jamais, sur notre sol, dans notre patrie, il n’y aura de guerre de religion », lance-t-il à un public conquis.Avant de dérouler longuement les aspects économiques et sociaux de son programme : blocage des prix, des loyers et des marges de profit, augmentation du smic, gratuité de la cantine scolaire pour tous les élèves, et annulation d’une partie de la dette contractée par la France auprès de la Banque centrale européenne – et pas de la dette privée, souligne-t-il. L’événement est retransmis en direct sur ses réseaux sociaux. Face à Jean-Luc Mélenchon, les militants sont attentifs, joyeux, survoltés. « Ça donne de l’espoir, ça fait du bien », commente un jeune homme, essoufflé après s’être égosillé sur « La Marseillaise » et « L’Internationale ».Mélenchon éclipse la concurrenceL’interpellation publique du maire de Lille et du préfet par la tête de liste Les Républicains aux municipales de mars, Louis Delemer, soucieux que la braderie ne devienne pas « la tribune politique » de Jean-Luc Mélenchon, n’aura pas trouvé d’écho. Pour le leader Insoumis, la démonstration de force, dans la capitale des Flandres, est particulièrement réussie : à côté, les autres candidats à la présidentielle sont totalement éclipsés.« C’est qui ? », s’interrogeaient nombre de passants, samedi dans la matinée, au passage de Gabriel Attal, un peu raide dans son costume bleu marine. Le secrétaire général de Renaissance se veut de toutes les fêtes populaires – il se rend ce dimanche après-midi à Toulouse, pour une fête mettant à l’honneur le cassoulet. C’est sa toute première braderie. « Vous êtes petit ! Vous avez l’air beaucoup plus grand à la télé ! », lui envoie une vendeuse, l’air sincèrement étonné. Les risques du métier.Sa garde solidement arrimée à ses côtés, Gabriel Attal ne se départit pas d’un sourire très blanc. « Merci de votre soutien, tente-t-il au contact de la tenancière d’un autre stand. Il faut qu’on empêche un second tour LFI-RN. J’ai confiance. » Si son concurrent direct pour représenter le bloc central, Édouard Philippe (Horizons), n’a pas fait le déplacement, il était une semaine plus tôt à Tourcoing, photographié en train de faire des frites, en tablier, avec Gérald Darmanin.Barnier en représentant de RetailleauDe son côté, Michel Barnier, qui n’hésite pas à comparer la braderie de Lille au Salon de l’agriculture en termes de ferveur populaire, est venu arpenter les rues de la ville. Lui penche pour Bruno Retailleau : « Il va créer la surprise, je pense. » L’actuelle multitude de candidats ne semble pas l’inquiéter plus que ça. « On est dans un temps de décantation, explique-t-il. Je sais qu’on va travailler ensemble après, comme ils ont tous travaillé avec moi quand j’étais Premier ministre. »Venue en habituée – c’est sa 19e braderie –, la secrétaire nationale du parti Les Écologistes, Marine Tondelier, rencontre un accueil plutôt chaleureux. Veste verte sur le dos, elle a tracté un moment à la gare avant de se diriger tranquillement vers la porte de Paris. À l’aise sur un pupitre installé à même la pelouse, devant quelques dizaines de personnes, elle profite de l’occasion pour appeler à une union de la gauche. « Moi je ne veux pas d’une gauche qui se réveille au lendemain de l’élection présidentielle avec l’extrême droite au pouvoir et qui dise “Qui aurait pu prévoir ?”. Nous n’avons pas le droit de perdre séparément une élection qu’on pourrait gagner ensemble », exhorte-t-elle.Dans cette braderie aux airs de bal des prétendants, où Jérôme Guedj, candidat à la primaire du Parti socialiste, a fait une discrète apparition, le Rassemblement national, pourtant au centre des discussions, brille par son absence. Marine Le Pen est en revanche annoncée, dimanche 13 septembre, à celle d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, sa terre d’élection ; un événement bien plus petit, mais en terrain conquis.
Mélenchon en démonstration, Attal en embuscade… À Lille, les prétendants à la présidentielle se bousculent
REPORTAGE. Rendez-vous incontournable de la rentrée, la braderie de Lille, avec ses 2 millions de visiteurs, a attiré samedi plusieurs têtes d’affiche politiques. Avec son meeting, le leader Insoumis a écrasé la concurrence.









