Alors que je profite de vacances sur la Côte d’Azur avec mon fils de 19 ans, nous avons traversé une mer agitée. La Méditerranée est pourtant plus bleue et paisible que jamais, mais à la maison, des cris ont retenti et des mots ont été prononcés. Après la tempête, le remords nous a envahis, comme toujours. Mais cette fois, autre chose est apparu, quelque chose qui me pousse désormais à réfléchir à notre nature: moi comme père, lui comme fils.Il est juste de dire que mon rôle de père est, en réalité, presque terminé. Je ne peux plus espérer façonner ou changer un jeune homme de 19 ans, pas davantage que je ne pourrais déplacer une montagne. Ce que mon fils est devenu m’échappe désormais complètement. C’est sans doute le cas depuis bien plus longtemps que je ne voudrais l’admettre. Mais c’est dans ce petit coin de paradis que cette évidence s’est véritablement imposée à moi.
Ses qualités, mes défauts
Et avec cette prise de conscience désormais inévitable surgissent des sentiments mêlés d’introspection, de peur, de fierté, d’amour, de culpabilité, d’hésitation et de gratitude. Chacune de ces 19 dernières années a constitué une étape vers une nouvelle évolution, parfois chargée de tristesse, mais toujours un pas en avant.La difficulté consiste à ne pas exagérer mon rôle, tout en ne me déchargeant pas de ma responsabilité. Toutes les belles qualités que je vois chez mon fils ne sont que partiellement de mon fait, tout comme ses défauts. Et tous ses défauts ne proviennent pas systématiquement de sa mère, qui a aussi beaucoup de qualités. Je ne dois céder ni à un excès de fierté, ni à un excès de culpabilité.Lorsqu’il fait preuve d’une étonnante lucidité sur lui-même ou d’une remarquable concentration artistique, je dois faire taire cette petite voix intérieure qui cherche à me convaincre que c’est le fruit de mes principes éducatifs, si tant est que j’en aie jamais vraiment eus. Lorsqu’il manifeste une ingratitude grossière ou une paresse inquiétante, je ne dois pas non plus conclure trop vite qu’elles sont la conséquence de mes propres faiblesses lorsque j’étais censé être aux commandes, si tant est que je l’aie jamais été.








