« Drôle de période, drôle de timing » pour lancer un cinquième album solo, échappe Jonathan Personne, qui sera en concert vendredi prochain à l’affiche du Festival de musique émergente (FME) d’Abitibi-Témiscamingue avec son groupe Corridor. Ça s’empile. Trump fou, campagne électorale, Terre qui brûle, et quoi d’autre qui lui tourne dans la tête ? C’est dans le texte des dix paradoxales compositions du nouvel album, Répertoire. « Répertoire comme dans “œuvre”, “collection de chansons”, mais aussi comme la somme des impacts que la musique a eus dans ma vie », les moches comme les meilleurs.Paradoxales, parce que si on s’arrête à la musique seulement, à la première écoute, cet album-là est plutôt guilleret. Les mélodies sont certes plus effacées, mais les rythmes sont allègres. Elles sont ornées d’orchestrations lumineuses, souvent psychédéliques comme d’habitude, inspirées des seventies. On dirait qu’il se « stereolabise » de plus en plus, Personne, en référence au groupe avant-pop culte franco-britannique. « Stereolab ? J’aime beaucoup, j’en ai écouté, mais ce n’est pas vraiment la référence que j’avais en tête » en concevant, sur plusieurs années, cet album au long cours.« Mais c’est vrai que j’avais envie d’un album plus posé », concède Jonathan Robert. Un album dont l’écriture a commencé pendant la pandémie, lorsque toute la planète cherchait une forme de réconfort qu’on n’a, à l’évidence, pas vraiment trouvé. Quelles références, alors ? Le second extrait de l’album porte le titre Superstar, comme la chanson des Carpenters. « J’aime beaucoup cette chanson-là, répond Jonathan, mais le thème est très différent. La mienne parle de quelqu’un, un artiste, qui s’essaie beaucoup pour enfin se rendre à l’évidence que ça ne fonctionnera pas. Il est en paix avec ça, il en garde le plus beau : le rêve qu’il avait. »Rêve briséLe thème central de Répertoire se révèle au fil de notre conversation : ce rapport complexe que le musicien entretient, moins avec l’art qu’il pratique que les buts espérés en le pratiquant.« À 14 ans, j’étais déjà dans des bands ; la musique, ça fait plus de dix ans que je fais ça, résume Robert. Pendant un bon moment de ma vie, la musique, c’était quelque chose que je faisais à côté d’autres choses. On se retrouvait après les classes, on jammait, on donnait un show de temps en temps, c’était considéré comme un passe-temps entre amis. Comme d’autres vont jouer au golf, nous, on avait un band. Mais à mesure que des occasions se présentent, on se fait dire : “Hé, tu devrais en faire quelque chose !” »