Quentin JorisResponsable du service Économie/politique28 août 2026Aujourd'hui à 16:39Le narcotrafic menace l’activité économique dans la capitale de l’Europe. Les renforts policiers sont nécessaires, mais ne résoudront rien en l’absence d’une approche plus large et coordonnée. Sept fusillades en cinq jours, c’est le piteux bilan de la semaine écoulée à Bruxelles. Le sentiment d’insécurité dans la capitale grandit, tandis que son attractivité économique décline.Dans notre reportage à Saint-Gilles, au cœur d'une guerre de territoire entre gangs rivaux, les commerçants ne mâchent pas leurs mots : "Les fusillades et le trafic ont un impact sur notre chiffre d'affaires", assène l’un d’entre eux. "La situation ne va pas en s'améliorant. C'est Chicago", ajoute un autre.Déjà plombés par une mobilité complexe, les entrepreneurs actifs dans certaines des dix-neuf communes bruxelloises doivent désormais affronter cette réalité. À chaque poussée de fièvre - souvenez-vous d’Anderlecht en février 2025 –, le monde politique tente d’apaiser les craintes, sans vraiment parvenir à rassurer.Quarante policiers fédéraux de plus, une solidarité accrue entre zones de police, 20 caméras mobiles et de possibles couvre-feux, voilà l’essentiel des mesures dégainées cette semaine pour contenir les effets du narcotrafic. Ces énièmes annonces ne suffiront toutefois pas à redorer le blason de la capitale, tant s’en faut.Cette réponse, qui se concentre surtout sur l’accroissement du nombre de policiers et de dispositifs sécuritaires, est compréhensible mais insuffisante. La combiner avec des attitudes bien plus volontaristes afin de tarir les sources de financement des criminels doit aussi s’imposer. La promesse de doper nos cellules de lutte contre le blanchiment alors que les revenus de la drogue inondent l’économie réelle doit se matérialiser. Il en va de même de celle qui assure que la justice sera dotée de suffisamment de moyens, à tous les échelons, pour assurer le suivi rapide des affaires liées au narcotrafic. De grâce, ne perdons plus de temps sur ces chantiers. Au-delà de la présence de bleu dans les rues et d’une attaque en règle contre le portefeuille des dealers et de leurs commanditaires, un vrai travail de réflexion sur la demande gagnerait à être mené. La gestion des addictions doit quitter le seul registre répressif pour être embrassée, plus globalement, dans une approche de santé publique. À cet égard, maintenir des financements aux organisations qui viennent en aide aux toxicomanes fait sens. Tout comme les efforts pour responsabiliser les consommateurs dits ‘récréatifs’ qui constituent un rouage des trafics. Cela passe par de la sensibilisation, évidemment, mais également des amendes plus strictes.Ajoutons à tout cela une véritable politique de lutte contre la pauvreté. La corrélation entre les poches de pauvreté chronique et la criminalité locale crée un cercle vicieux : l'insécurité mine les investissements privés, ce qui freine la création d'emplois dont Bruxelles a tant besoin. Œuvrer pour inverser cette tendance, c’est aussi réduire l’attrait de l’argent facile offert par le narcotrafic.La présence policière permettra probablement de reconquérir quelques rues, mais seule une action durable sur l’argent, les réseaux et le recrutement empêchera qu’elles ne retombent ensuite aux mains des trafiquants.Soyons clairs : Bruxelles ne gagnera pas cette bataille à coups d’annonces successives. Une stratégie coordonnée reliant police, justice, finances, santé et lutte contre la pauvreté, avec un calendrier et des résultats mesurables, reste notre meilleure carte.
Edito | À Bruxelles, la sécurité devient aussi une urgence économique
Le narcotrafic menace l’activité économique dans la capitale de l’Europe. Les renforts policiers sont nécessaires, mais ne résoudront rien en l’absence d’une approche plus large et coordonnée.














