Julien BalboniJournaliste judiciaire / chef d'édition24 août 2026Aujourd'hui à 20:41Alors que quatre fusillades en trois jours relancent l'inquiétude sur les effets du narcotrafic à Bruxelles, le personnel politique a passé le week-end à se renvoyer la balle.La faute du ministre de l'Intérieur? Des bourgmestres socialistes? Du chef de corps de la zone de police Bruxelles-Midi? De la Région? Du parquet? De la lasagne belge? De l'inertie générale? De la fatalité? De tout cela à la fois? Après trois journées calamiteuses sur le plan de la sécurité publique à Bruxelles, avec un commissariat de police ciblé par des tirs d'arme de guerre et des tentatives de règlement de comptes par armes à feu sur des trottinettes, on a tout entendu, ce week-end. Tout, et même pire, sauf une prise de responsabilité, alors que des mandataires politiques parfois alliés se renvoient sans cesse la balle au petit jeu du "à qui la faute?".Dilution des responsabilités face à la criseEn ouvrant grand le parapluie ou en "cherchant un coupable", comme le regrette la ministre de la Justice Annelies Verlinden, le monde politique belge a rejoué une pièce trop bien connue dans ces contrées, celle de la dilution des responsabilités face à la crise. Pourtant, la capitale mérite bien mieux que ces atermoiements, alors que des fusillades sur fond de narcotrafic l'ensanglantent depuis plus de six années maintenant. Il serait faux de dire que rien n'a été fait durant toutes ces années, alors que nombre d'enquêtes judiciaires aboutissent à de lourdes condamnations. Mais force est de constater que l'appât du gain prime sur le reste, et qu'il nourrit le cycle de la violence en cours chez les trafiquants de stupéfiants dans la capitale. Comme nous l'indique un policier, "un point de deal, c'est 50.000 euros par jour et à ce prix, certains trafiquants sont prêts à faire du sale..."Des perspectives plutôt qu'un choc répressifPour contrecarrer cette trajectoire négative à Bruxelles, il faudra bien plus qu'un choc répressif - qui est d'ailleurs en cours, comme le démontrent les chiffres du parquet. Il faut aussi et surtout des perspectives à une frange de la jeunesse qui n'en a plus guère, à une époque où un adolescent peut gagner plus que son père en faisant le guet cinq jours par semaine sur un point de deal.Pour cela, plus d'un ingrédient est nécessaire, à commencer par un travail de fond sur l'éducation ainsi qu'une politique déterminée de lutte contre la pauvreté dans les quartiers à la dérive de la capitale. Il faudra en conséquence un cap clair, déterminé par un personnel politique qui sait s'extraire de la mêlée, prendre de la hauteur, voir plus loin, prendre les décisions qui s'imposent. Bref, des responsables politiques qui montrent une autre image que celle donnée durant le week-end.
Édito | Face aux fusillades, Bruxelles a besoin de sang-froid politique
Alors que quatre fusillades en trois jours relancent l'inquiétude sur les effets du narcotrafic à Bruxelles, le personnel politique a passé le week-end à se renvoyer la balle.








