Le retour flamboyant d’Erykah Badu aux côtés de The Alchemist, la résurrection d’un Beastie Boy, une solide démonstration d’Alabama Shakes ou un nouveau recyclage pour les Allah-Las: quatre sorties musicales passées au crible cette semaine.1. "Before The World Blows" d’Erykah Badu & The Alchemist★★★★★C’est qui ? Enfant du hip-hop et reine incontestée de la néo-soul américaine, Erykah Badu est une artiste engagée, anticonformiste et ultra-influente. Le R&B contemporain ne serait rien sans elle. À ses côtés, The Alchemist est devenu l’un des producteurs majeurs du rap contemporain, multipliant les collaborations avec Kendrick Lamar, Freddie Gibbs, Larry June, Roc Marciano ou Westside Gunn.Notre avis : Seize ans se sont écoulés depuis le dernier album d’Erykah Badu. Durant cette parenthèse discographique, la chanteuse a nourri ses réflexions sur la maternité, la citoyenneté, l’éducation et la vie dans un monde pétri de mauvaises vibrations. Sa rencontre avec The Alchemist relance son intérêt pour toutes les musiques qu’elle aime. Soul, funk, R&B, jazz, rock, blues et hip-hop irriguent l’immense "Before The World Blows".Malgré un casting impressionnant – Kamasi Washington, Steve Lacy, Thundercat, Earl Sweatshirt ou Westside Gunn – Badu reste au centre du jeu. The Alchemist, lui, ne vampirise jamais l’exercice: il se met au service d’une voix, d’une âme, d’un esprit céleste. Un miracle.Erykah Badu & The Alchemist — "Witch Doctor"2. "I Must Be Dreaming" d’Alabama Shakes★★★★☆C’est qui? Formation discrète mais emblématique de l’Amérique du XXIᵉ siècle, Alabama Shakes remonte le fil des musiques populaires par l’intermédiaire d’une voix extraordinaire. Dotée d’un chant mutant et d’une aura indiscutable, Brittany Howard navigue aux confins du blues, de la soul, du rock et du gospel. Après deux albums salués de toutes parts et une pause de huit ans, le groupe reprend du service.Notre avis: Athens, Alabama. Une cartographie de sa ville natale tatouée sur le bras, Brittany Howard affirme ses origines et pose une voix majestueuse sur le troisième album du groupe. Avec "I Must Be Dreaming", Alabama Shakes s’affranchit des clichés du rock vintage et imagine une musique transgénique et décomplexée.Funk, soul psychédélique, pop baroque, R&B, rock déviant et gospel sans foi ni loi se partagent un territoire à l’horizon dégagé. Enchanté ("Garden"), lumineux ("I Feel Hope Coming"), engagé ("American Dream"), l’album est aussi politique. Derrière leur élégance, plusieurs chansons sonnent comme des charges à peine voilées contre l’administration Trump. Un doigt d’honneur dans un gant de velours.Alabama Shakes — "I Feel Hope Coming"3. "Thank You" de Mike D★★★☆☆C’est qui? Michael Diamond, dit Mike D, est l’un des trois Beastie Boys, formation majeure des musiques alternatives. Dissous en 2012 après le décès d’Adam Yauch (MCA), le groupe new-yorkais a quitté la scène sans vraiment ternir son héritage. Depuis, Mike D s’est consacré à la production, au design, à l’écriture et au cinéma. C'est le premier Beastie Boy à sortir un album solo depuis la dissolution du groupe.Notre avis: Impossible d’aborder l’album de Mike D sans penser aux Beastie Boys. Certains titres, comme "What We Got" ou "Thank You", rappellent inévitablement l’âge d’or du trio. Mais à 60 ans, Mike D n’a plus rien à prouver. Ce disque est avant tout une partie de plaisir, fomentée en famille: ses deux fils ont participé à son élaboration.Ses douze morceaux soulignent surtout l’éclectisme d’un mélomane tout-terrain, à l’aise avec l’histoire du rap, de l’électro et du rock. Mike D combine ses bons goûts dans un essai hybride qui rappelle parfois Bran Van 3000 ou The Go! Team. Un disque de daron, certes. Mais celui-ci connaît parfaitement la chanson.Mike D — "What We Got"4. "Sirenas" d’Allah-Las★★☆☆☆C’est qui? La musique des Allah-Las reflète les couleurs d’une Californie éternelle: guitares surf, mélodies chaudes et chansons légères et insouciantes. Actif depuis 2008, le groupe de Los Angeles s’est imposé comme l’un des meilleurs artisans d’une formule résolument vintage, avec des albums qui entretiennent joyeusement les bienfaits de la rétromania.Notre avis: Depuis les débuts d’Allah-Las, ses cinq musiciens recyclent les matières musicales avec art et méthode. Rock garage, soul sixties et pop psychédélique ont déjà retrouvé des couleurs au fil de leur discographie. Pour ce sixième album, le groupe s’attarde dans le rayon new age et fouille dans les bacs ambient, krautrock et space rock."Sirenas" reste un disque de passionnés, impeccablement joué et soigneusement produit. Mais à force de polir ses références, Allah-Las finit par perdre en relief. Trop chic et trop aseptisé, l’ensemble donne parfois l’impression d’écouter une bande-son profilée pour le lobby d’un hôtel lounge. Le syndrome Khruangbin.Allah-Las — "Vini da Gama"
The Alchemist, Alabama Shakes, Mike D, Allah-Las: 4 albums et 4 critiques
Le retour flamboyant d’Erykah Badu aux côtés de The Alchemist, la résurrection d’un Beastie Boy, une solide démonstration d’Alabama Shakes ou un nouveau recyclage pour les Allah-Las: quatre sorties musicales passées au crible cette semaine.












