Le vague à l’âme, un couple de banlieusards dans la quarantaine prend la direction du Plateau-Mont-Royal à bord d’un VUS flambant neuf. Derrière le volant, Jonathan (Maxim Gaudette) est d’humeur funeste. Il réfléchit à voix haute à la mort tandis que sa conjointe, Brigitte (Christine Beaulieu), agente immobilière affichant une contenance pragmatique, tente de rassurer son amoureux. « Carpe diem », lui dit-elle. L’objectif du moment est de ne pas arriver en retard chez leurs hôtes, la sœur de Brigitte et son copain, des foodies invétérés avec lesquels Jonathan n’a pas d’atomes crochus.Pour qui s’est aventuré un tant soit peu dans l’arrondissement le plus densément peuplé de Montréal, trouver une place de stationnement, de surcroît avec un bolide surdimensionné, relève d’une entreprise aussi prévisible que sisyphéenne. La demeure de la belle-sœur est si près et pourtant si loin. Par miracle, un espace libre se dégage. La délivrance promise n’est cependant qu’un mirage. Juste au moment où Jonathan croit pouvoir couper le moteur, c’est celui de l’intrigue qui s’emballe.Troisième long métrage de Louis Godbout, La place s’inscrit avec brio dans la lignée de thrillers psychologiques raffinés tels Carnage de Roman Polanski et Force majeure de Ruben Östlund, où un quiproquo d’apparence banale provoque une série de conflits en crescendo culminant dans une remise en question existentielle des protagonistes.