Le Clermontois de 39 ans s'est d'abord épanoui dans le para-triathlon à haut niveau avant de basculer il y a trois ans sur le trail. Julien Veysseyre espère venir à bout des 174 kilomètres de l'UTMB entre vendredi et dimanche.
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié le 28/08/2026 06:00
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Sur la place du Triangle de l'amitié, au pied de la mairie de Chamonix, près de 2 500 coureurs seront massés, vendredi 28 août peu avant 18 heures, devant la ligne de départ de l'UTMB. Avant d'aller crapahuter 174 kilomètres durant – et de grimper 9 900 mètres – autour du Mont-Blanc, tous attendront que résonne la traditionnelle musique (Conquest of Paradise de Vangelis) et les mots du speaker emblématique Ludo Collet. Dans le peloton, pour distinguer Julien Veysseyre, il faudra se concentrer sur les jambes des ultra-traileurs et repérer la lame en carbone de ce Clermontois de 39 ans. Pour sa troisième participation à une course de la grande fête du trail, le para-athlète s'attaque au Graal et espère entrer dans l'histoire en devenant le premier coureur amputé à finir la course reine qu'est l'Ultra-Trail du Mont-Blanc."Le défi a déjà été tenté par l'Américaine Amy Palmiero-Winters en 2024 et 2025 mais jamais réussi. Ça serait une énorme étape pour tous les amputés dans le monde", souligne Boris Ghirardi, le manager de la Team Adaptive, une équipe d'athlètes en situation de handicap ou ayant traversé une maladie, créée en 2024 et dont les membres sont engagés sur différentes courses lors de la semaine de l'UTMB. Julien Veysseyre fait partie du collectif depuis ses débuts. Car si l'Auvergnat ne compte que trois années d'expérience dans le trail, il possède un passé de para-athlète de haut niveau dans le triathlon.A 18 ans, Julien Veysseyre voit sa vie basculer en même temps que le chariot élévateur qu'il conduit lors d'un job étudiant. Sa cheville droite est écrasée et sa jambe finalement amputée juste sous le genou. Passionné de moto endurance, il bricole son engin pour remonter en selle et assez vite germe l'idée de participer aux Jeux paralympiques. Il choisit le triathlon. Et il devient même champion du monde en 2023 de cross-triathlon, où le VTT et le trail remplacent le vélo et la course à pied sur route. Mais il échoue à se qualifier pour les Jeux de Paris et se reconvertit donc dans le trail à 100%."J'avais fait le tour en triathlon, il y avait beaucoup de concurrence et les saisons étaient onéreuses. Mes sponsors me permettaient de payer mes déplacements mais je devais continuer de travailler à 80%", justifie Julien Veysseyre, qui faisait alors déjà partie de l'équipe de para-athlètes de la marque Salomon très présente sur le marché du trail. Dans ce sport en pleine expansion, le recruteur chez Michelin trouve davantage d'opportunités sportives et économiques. A tel point qu'après avoir pu réduire son temps de travail à 60%, il quitte son poste en mars dernier pour se consacrer au trail et à ses activités de conférencier en entreprise.Comme pour sa professionnalisation, Julien Veysseyre a pris le temps de mûrir son objectif de s'aligner à l'UTMB. "Il n'y a pas d'exemple de coureurs amputés sur le long. Donc j'ai fait une première saison avec des marathons trail pour voir s'il était possible ou non de faire grandir le projet", retrace le coureur, entraîné par Patrick Bringer, ancien médaillé mondial en trail. Après une première expérience réussie sur la MCC, course de 50 kilomètres en début de semaine de l'UTMB 2024, Julien Veysseyre monte sur l'OCC (100 kilomètres) l'année suivante. "C'était une étape importante, un point de passage en conditions réelles car la course correspond à la fin du parcours de l'UMTB, fait remarquer l'athlète, père séparé de deux enfants qui s'entraîne jusqu'à 30 heures par semaine. L'objectif était de voir les problématiques qui pouvaient apparaître."Il se rend très vite compte que sa prothèse de course, une lame en carbone, renvoie trop dans les descentes ce qui lui coûte beaucoup d'énergie à la contrôler. Dans les terrains techniques, elle est aussi trop instable, ce qui lui cause des entorses de son membre valide. Par chance, la start-up Hopper, qui le soutient et le fournit déjà en lames, développe une prothèse avec un pied équipé d'une chaussure. Il l'adopte en avril, avant même sa commercialisation."Julien est quelqu'un de très déterminé et qui se donne les moyens pour relever des défis. Il teste des choses, recommence, n'a pas peur de l'échec. Il le fait avec beaucoup d'humilité et veut en faire profiter les autres."Boris Ghirardi, manager de la Team Adaptiveà franceinfo: sportSur l'UTMB, Julien Veysseye a prévu de partir avec sa lame carbone pour les premiers kilomètres assez roulants, puis de chausser 80% du temps la prothèse avec le pied. "Je cours plus vite en descente avec le pied, ce qui fait que je me blesse au niveau de mon moignon car on n'a pas encore trouvé l'emboîture parfaite [pour éviter les ampoules liées aux frottements]. Avoir la lame me permettra d'alterner." Pour ne pas s'alourdir des deux kilos de la deuxième prothèse, Julien Veysseyre sera accompagné tout le long du parcours par cinq guides qui la porteront dans un sac spécialement conçu.A Chamonix, il s'élancera avec Thibaut Baronian, un athlète élite qu'il côtoie lors des rassemblements de leur équipementier commun, Salomon. "Il cherchait quelqu'un pour l'accompagner. Je vois ce qu'il met en place. Et je suis kiné donc j'ai une sensibilité particulière pour le handicap", confie l'ultra-traileur, 12e de l'UTMB 2025, qui n'a pas hésité à accepter de servir de guide de luxe pour les trente premiers kilomètres. "Il m'a donné sa vitesse ascensionnelle pour que je contrôle à la montre et qu'il ne se mette pas en surrégime avec l'effervescence du départ. Je vais aussi peut-être lui ouvrir le passage sur les premiers kilomètres pour éviter la chute." Les autres guides, choisis parmi les proches de Julien Veysseyre, auront aussi un rôle de soutien psychologique pour les deux nuits que le traileur passera sur les sentiers."Je sais que je vais titiller mes limites et me retrouver dans une difficulté que je n'ai plus connue depuis mon opération." Julien Veysseyreà franceinfo: sportFace à une barrière horaire limite fixée à 46 heures et 45 minutes, Julien Veysseyre espère lui arriver à Chamonix environ quarante heures après son départ. Il serait alors accompagné de Patrick Leick, qui a monté chez Salomon l'équipe de para-athlètes et qui a repoussé son départ en retraite pour suivre l'aventure jusqu'au bout. "Y arriver serait l'aboutissement d'un projet de trois ans, de beaucoup d'heures de labeur", se projette Julien Veysseyre, qui cherche aussi à "inspirer les gens". "Etre un pionnier, c'est excitant. Je veux porter un message qui ne résonne pas que dans la communauté handi : malgré un accident de la vie, on peut se reconstruire avec une passion et être heureux."














