Réunis à Roland-Garros pour la Rencontre des entrepreneurs de France, les chefs d’entreprise ont affiché leurs inquiétudes face à une rentrée sous haute tension.Des chaises longues disposées face à des écrans, des petits pots de glace et l’apéro sur les stands régionaux… À Roland-Garros ce mercredi 26 et jeudi 27 août, on pourrait presque, pendant un bref instant, se laisser bercer par la perspective d’un doux été indien après des semaines de canicule… Mais dans l’antre du court Philippe-Chatrier, l’ambiance est plutôt bouillonnante.Show de Patrick Martin, le président du Medef, au son de la chanson « Du courage », le thème de cette édition, défense du bilan des dix années du macronisme par le ministre de l’Économie Roland Lescure, discussion autour de la notion d’effort ou des limites à la solidarité inconditionnelle, débat enflammé entre sept des principaux candidats à l’élection présidentielle, de Marine Le Pen (RN) à Jean-Luc Mélenchon (LFI), en passant par Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (LR), Marine Tondelier (Les Écologistes) et Raphaël Glucksmann (Place Publique)…Avis de gros tempsLa Rencontre des entrepreneurs de France (REF) 2026 a sifflé le début d’une année scolaire qui s’annonce mouvementée. Entre une équation budgétaire impossible à boucler cet automne, et une élection présidentielle qui risque de propulser au second tour deux candidats populistes, les patrons ont de quoi se faire du mouron.Et encore faut-il ajouter à la liste de leurs sujets d’inquiétude les soubresauts à l’international, des États-Unis jusqu’à la Chine, en passant par le Moyen-Orient. « Mon métier est la gestion du risque et je peux vous dire que les dirigeants d’entreprise ont rarement eu autant de sujets d’inquiétude… Entre les conflits, la spirale de la dette et la machine à bêtise électorale, nous sommes gâtés », grince Jean-Pierre Grimaud, directeur général d’Ofi Invest. Croissance en berne, défaillances en hausse, investissements en recul… Le moral est loin d’être au beau fixe.Sueurs froidesSelon un sondage révélé par le Medef, 82 % des chefs d’entreprise s’inquiètent de la politique économique à venir après l’élection présidentielle. Et même ceux qui se considèrent comme « optimistes » ne peuvent pas s’empêcher d’avoir des sueurs froides. « On entend des discours effrayants sur le retour à la retraite à 60 ans ou l’annulation de la dette : nous avons besoin d’un climat de confiance et l’on ne peut pas se permettre de dire n’importe quoi », soupire Morgan Dauguet, dirigeant de la start-up normande Human Mob, spécialisée dans les mobilités douces.On entend des discours effrayants sur le retour à la retraite à 60 ansMorgan Dauguet, dirigeant de la start-up normande Human MobVenu pour dire leurs « quatre vérités aux chefs d’entreprise », Jean-Luc Mélenchon était l’objet de toutes les discussions pendant ces deux journées avec son idée d’annuler la partie de la dette détenue par la Banque centrale européenne. De quoi mettre la France « en interdit bancaire », a répliqué l’ancien Premier ministre Édouard Philippe.Bien décidé à peser dans le débat de l’élection à venir, le Medef a, dans son discours d’ouverture, exigé un « programme présidentiel de libertés » et dénoncé « les prophètes de malheur », à travers la voix du patron des patrons Patrick Martin. Réduction de la fiscalité et des charges, réindustrialisation du pays, simplification des normes et des procédures administratives, réduction de la dette et des dépenses publiques : la liste de courses est connue.La crainte de la facture« Pour trouver une place dans le débat, il faut réussir à développer une expression claire, sans menaces », analyse Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française. Reste à convaincre les Français d’y adhérer… et surtout que la remise en œuvre d’un plan de redressement économique pour la France n’est pas forcément synonyme de sang et de larmes. « Le seul sacrifice qu’on doit faire est de prendre ses responsabilités », a prévenu Thomas Buberl, directeur général d’Axa lors d’une table ronde sur la protection sociale.Mais avant la présidentielle, c’est déjà le budget 2027 qui préoccupe les dirigeants d’entreprise. Après plusieurs années de politique de l’offre menée par les macronistes, la baisse des impôts de production a été gelée, et les entreprises mises à contribution depuis deux ans à travers une surtaxe sur les bénéfices.Inquiet d’être à nouveau la « vache à lait », le patronat était tout ouïe pour entendre les propos du ministre Roland Lescure. « Il faut absolument sanctuariser le crédit impôt recherche (CIR) », nous souffle Olivier Lambert, PDG de Vates, un éditeur de logiciels qui emploie 150 personnes. Qu’il se rassure : le locataire de Bercy, qui a commencé son intervention en citant le fameux slogan de Bill Clinton « It’s the economy, stupid ! », a promis aux patrons un « pacte de stabilité » pour cette année.Le CIR et le Pacte Dutreil devraient échapper aux fourches de l’exécutif. Concernant la surtaxe, le ministre a promis de plaider pour son allègement… sans pouvoir faire de promesse. Avant de conclure avec une devise qui pourrait faire office de mantra pour les chefs d’entreprise cette année : « Ce que je ne maîtrise pas, je fais avec, ce que je maîtrise, je le fais à fond ».