Vue à Dour cet été, la formation new-yorkaise Interpol reviendra, le 18 novembre 2026, à Forest National, pour défendre son huitième album, "This Mirror Weighs A Ton".Le résuméInterpol signe un retour aux sources, entre guitares anguleuses, new wave sombre et mélodies sournoisement accrocheuses.Daniel Kessler revendique une création collective, nourrie de postpunk, de Fugazi et d’influences ouest-africaines.L’album regarde son époque: surveillance, technologie, incertitude et mémoire du 11-Septembre.Huitième album en plus de 25 ans d'activité pour les New-Yorkais d'Interpol qui signent un retour aux sources avec "This Mirror Weighs A Ton", joliment diffracté, prolixe, et sinueux. Douze morceaux sournoisement accrocheurs!On y reconnaît REM par moments ("Sudden", "Bird and the Serpent"), et la new wave de Cure et Siouxsie and The Banshees, voire l'aïeul new-yorkais Alan Vega.Porté par la guitare anguleuse et plutôt cristalline de Daniel Kessler et la voix de baryton de Paul Banks, les deux pivots du quintette, Interpol assume l'héritage de leur ville, la plus européenne des cités américaines.Rencontre avec Daniel Kessler, le très francophile guitariste et compositeur du groupe…Interpol - This Mirror Weighs a Ton - 2026 - Santa Barbara Bowl"La pochette de l'album résume le moment dans lequel nous nous trouvons: une civilisation dotée d'une technologie omniprésente, Big Brother et des yeux partout."Daniel KesslerGuitaristeÉtait-ce volontaire de choisir un titre quasi surréaliste comme "This Mirror Weighs A Ton" qui est également celui de la première chanson de l’album?Paul écrit toutes les paroles de nos chansons et je les ai adorées à la première écoute. Au départ, je pensais que "This Mirror Weighs A Ton" ("Ce miroir pèse une tonne") se destinait à devenir un instrumental. Nous étions en train de créer, avec Andrew, notre producteur, de magnifiques moments atmosphériques, et puis, Paul a pris son carnet et a écrit ces paroles en deux heures. Le texte m'a immédiatement plu. Ce titre paraît en effet surréaliste et pourtant, il me semble posséder quelque chose d'universel et qui résonne avec notre époque...Sur "Wake Up", votre guitare sonne comme celle d'une rumba congolaise...J'adore la musique d'Afrique de l'Ouest et ça y ressemble un peu. Et c'est aussi comme ça que sonne ma guitare en concert. Nous avons enregistré ce morceau tous ensemble, et je n'ai pas ajouté d'overdubs (l’ajout d’une nouvelle piste sur une prise existante, NDLR). Le résultat se veut pur, actuel et énergique, d'une vitalité qui serait difficile de recréer ensuite, après cette première prise.Mais les couplets ont en effet une influence ouest-africaine, une sorte d'attaque à la guitare jusqu'au refrain avec ces accords classiques qui ressemblent à une production des années 50 ou 60. (écoutez "Wake Up" sur Spotify)Vous écrivez seul les morceaux, puis Paul ajoute des paroles?Oui, les chansons débutent généralement avec moi. D'habitude, je travaille à la guitare ou au piano: je fredonne, j'écris une mélodie dans un arrangement de base, puis nous nous réunissons et nous les transformons ensemble en morceaux. Paul ajoute évidemment beaucoup de choses entre ces parties de guitare et décide de la direction de la chanson. C'est donc très collaboratif, même si je donne l'impulsion de départ. ©Cornerstone Music"Je fredonne, j'écris une mélodie dans un arrangement de base, puis nous nous réunissons et nous les transformons ensemble en morceaux."Daniel KesslerGuitaristeQu'en est-il de la pochette de l’album?Personne n'avait d'idée précise quant à la pochette. Parfois, on sélectionne une image et tout le monde la plébiscite – ce fut le cas ici. Elle résume le moment dans lequel nous nous trouvons: une civilisation dotée d'une technologie omniprésente, Big Brother et des yeux partout. La pochette en dit beaucoup avec une simple image très minimaliste. Et sur un plan thématique, l'album y fait également référence.Votre musique paraît plus anglaise qu'américaine, évoque Siouxsie and the Banshees et Joy Division, le début des années 80…Oui, mais nous sommes aussi de grands fans du groupe expérimental allemand Can, et, personnellement, d'Aphex Twin qui est irlandais et donne dans l'électro actuelle.Votre guitare sonne comme celle de Robert Smith de The Cure, ou de Robin Guthrie des Cocteau Twins, ou plus récemment de Richard Hawley...Je suis grand fan des deux premiers. Lorsque j'ai déménagé à Washington D.C., à 11 ans, je me suis tout de suite beaucoup intéressé à la scène locale, notamment le postpunk de Washington et le post-hardcore de Fugazi, à l'époque de loin ma plus grande influence. Je n'écrirais pas de chansons ou ne jouerais pas de guitare aujourd'hui sans Fugazi. C’est d'ailleurs toujours mon groupe préféré. ©Cornerstone Music"J'adore la musique d'Afrique de l'Ouest et ça y ressemble un peu. Et c'est aussi comme ça que sonne ma guitare en concert."Daniel KesslerGuitaristeVotre guitare définit Interpol?Non. Interpol ressemble à soupe: une collection de toutes nos personnalités qui en sont les ingrédients et parce que tout le monde se montre très impliqué. Cela rend les résultats très différents à chaque chanson ou album.C'est le genre de groupe dont je rêvais au départ: une formation où tout le monde a son mot à dire sur la destination des chansons, avec un résultat différent à chaque fois et porteur d'un peu d'imprévisibilité. La voix de Paul [Banks] me paraît par ailleurs définir le groupe.Quel fut l'impact sur Interpol du 11-Septembre dont on commémore le 25ᵉ anniversaire dans quelques jours?Musicalement, je ne peux pas vraiment le définir. Nous avions presque fini d'écrire notre tout premier album à ce moment.Nous avons commencé à enregistrer en novembre 2001. Comme citoyen et groupe new-yorkais, ce fut une journée effrayante, horrible, et un moment d'incertitude profonde. Cela nous a fait vraiment réfléchir quant à la suite de notre parcours, mais, sur le plan musical, nous étions déjà bien avancés. Certains s'imaginent que le morceau "NYC" a été composé en réponse au 11-Septembre, alors que la chanson avait déjà été écrite auparavant...