26 août 2026Aujourd'hui à 18:10Le projet de base géante en Louisiane lancé par SpaceX est présenté comme un nouveau jalon fondamental dans la conquête spatiale. Reste à voir si ce nouveau récit pourra s'avérer crédible, tant les ambitions affichées paraissent hors d'atteinte.Elon Musk a toujours vu les choses en grand. Et même en très grand. L'homme le plus riche de la planète, qui a réalisé la plus grosse introduction en bourse de l'histoire avec SpaceX, apprécie les megafactories, les constellations composées de milliers de satellites et les fusées géantes. Et de surcroît, il veut tout cela pour tout de suite. L'homme sur Mars? C'était normalement prévu pour 2021, puis 2026. Enfin, pas plus tard que 2030. Pareil pour les Tesla complètement autonomes ou l'hyperloop, qui devait relier Los Angeles à San Francisco en 30 minutes. On attend toujours... L'annonce de la construction d'une gigantesque base spatiale en Louisiane, destinée à accueillir chaque année des milliers de vols de la fusée géante Starship, procède de la même logique. Il faudra aller vite: début des travaux l'année prochaine, mise en service pour 2029. Et surtout, on sera dans du XXXL: 100 milliards de dollars au moins d'investissements, plus de 500 km² -huit fois Manhattan- de surface totale, jusqu'à douze tours de lancement, 30 tirs par jour à terme. Un projet qui reléguera le programme Apollo au rang d'anecdote et permettra de paver la voie à la conquête de Mars, ce vieux rêve qui met tant de temps à se concrétiser. Sauf que ces ambitions ne sont pas très réalistes, même pour SpaceX. L'entreprise créée par Elon Musk a certes révolutionné l'accès à l'espace et imposé de nouveaux paradigmes en matière de lancements avec le renouvelable, mais il y a quand même certaines contraintes dont il est difficile de s'affranchir. L’espace reste un environnement extrême, inhospitalier et très onéreux. Et tout ce que SpaceX touche ne se transforme pas en or: le retard que la société a accumulé dans la mise au point d'un atterrisseur pour le programme Artemis menace le calendrier de retour de l'Amérique sur la Lune. Aujourd'hui cotée, SpaceX va devoir persuader ses actionnaires, qui se sont précipités en masse lors de son IPO, de la suivre dans cette nouvelle aventure. Ceux-ci ne semblent pas en apparence trop affolés par la nouvelle histoire que le bouillant CEO leur raconte. "Ouvrir un chemin vers les étoiles pour l’humanité", comme l'a écrit SpaceX, c'est un slogan très mobilisateur. Mais pour les investisseurs, cela reste néanmoins une proposition de valeur plutôt floue. Ceux-ci risquent de demander tôt ou tard au multi-milliardaire aux allures d'Icare s'il n'a pas vu un peu grand, et si tout cela est réellement sensé. Que se passera-t-il en effet si un prochain président décide qu'une expédition vers Mars n'est plus une priorité ou pas finançable? Ou si la Nasa en arrive à la conclusion que les obstacles technologiques sont insurmontables et qu'il faudra attendre une véritable rupture en matière de propulsion spatiale pour envoyer des hommes sur la Planète rouge? Un statioport géant conçu pour plusieurs dizaines de lancements lourds par jour risque dès lors de s'avérer plutôt surdimensionné pour une poignée d'astronautes sur la Lune et quelques dizaines de datacenters en orbite...
Édito | Elon Musk et le syndrome d'Icare
Le projet de base géante en Louisiane lancé par SpaceX est présenté comme un nouveau jalon fondamental dans la conquête spatiale. Reste à voir si ce nouveau récit pourra s'avérer crédible, tant les ambitions affichées paraissent hors d'atteinte.















