C’est par nécessité que Abdulmonam Eassa est devenu photographe. « J’étais très jeune. L’armée de Bachar al-Assad assiégeait ma région. La ville était encerclée. La Syrie a traversé 50 ans de dictature. Moi, j’ai eu la chance de tomber sur un appareil photo. D’autres que moi, au même âge, ont eu entre les mains une arme. »Abdulmonam Eassa a été récompensé, dans la catégorie Stories pour la région Afrique pour l’édition 2026 du World Press Photo.« Le régime syrien nous a attaqués par tous les moyens possibles. Bombes au phosphore, armes chimiques, invasions terrestres, viols. On a décrit tout ça tandis que c’était nié par la machine de propagande. »À ses débuts, il découvre en ligne ce que font ses aînés. « J’ai regardé le travail de beaucoup de monde. » Des noms de photographes lui viennent aux lèvres : le brésilien Felipe Dana, le Belge Laurent Van der Stockt, le franco-libanais Patrick Baz.En 2018, Eassa quitte la Syrie. Il trouve refuge en France.
Des écouteurs vissés aux oreilles, une cigarette roulée au bout d’un porte-cigarette syrien, Eassa parle tranquillement de son métier d’un ton posé, dans un français maîtrisé. Cette langue, il l’a apprise sur les chemins de l’exil.En arrivant à Montréal il y a quelques jours, il s’est empressé de reprendre tout de suite l’avion pour Calgary afin d’y voir des amis syriens. « Ce qu’il y a de bien au moins avec le fait de vivre dans une dictature est qu’il y a aujourd’hui des Syriens partout », dit-il avec un léger sourire.« Personne ne les a entendus »C’est moins de la Syrie — où il est retourné vivre en partie depuis l’effondrement du régime — que du Soudan dont il souhaite surtout parler. « On parle si peu du Soudan ! Mais je n’en suis pas étonné, même si cela me met un peu en colère. Alors que des gens pacifiques rêvaient d’un pays libre, personne ne les a entendus. L’humanité a fermé les yeux et a abandonné ce pays. J’en ai été le témoin. Et puis, ce même monde qui avait tourné le dos au pays a fourni des armes à l’ensemble des parties en présence. Si on coupe l’approvisionnement en armes, ça ne durerait pas longtemps ce conflit. Ils ne sont pas en mesure d’avancer » sans cet équipement, explique-t-il.La première fois, c’est de lui-même qu’il est parti au Soudan. « La question de la révolution et de la rébellion m’intéresse. Je voulais comprendre. » Le journal Le Monde fait appel à lui pour décrire le conflit, tout comme le New York Times.









