Alisa Weilerstein sera l’une des solistes de la tournée européenne de l’Orchestre symphonique de Montréal, qui s’amorce cette semaine à Édimbourg. Elle jouera le nouveau concerto pour violoncelle Dzonot, composé par la Mexicaine Gabriela Ortiz, occasion pour nous de nous entretenir avec l’épouse de Rafael Payare sur son engagement au profit du renouvellement du répertoire.« Le lien avec Gabriela Ortiz s’est fait parce que j’ai beaucoup travaillé avec Gustavo Dudamel et le Philharmonique de Los Angeles. Par ailleurs, je l’ai rencontrée quand Rafael, mon époux, a dirigé son Concerto pour trompette avec Pacho Flores. Le contact était très chaleureux et, subséquemment, le Los Angeles Philharmonic m’a demandé de travailler avec elle », dit Alisa Weilerstein au Devoir.Écologie et limitesZoom a été le moyen de contact entre les deux artistes, mais le concerto ne s’est pas monté en collaboration brique par brique. « Les contacts ont été virtuels. La compositrice m’a demandé : “Quelles sont tes limites ?” Je lui ai répondu : “Je ne veux pas te limiter, je voudrais que tu te sentes complètement libre d’écrire ce que tu veux, et si quelque chose n’est pas possible, je pourrai te le dire.” »Quatre mois après cet échange, Alisa Weilerstein a reçu deux mouvements. « Je les ai lus et j’ai vu que cette œuvre était merveilleuse. Ce n’était pas facile, mais ça va très bien avec le violoncelle, sa technique. Alors j’ai dit à Gabriela : “S’il te plaît, continue comme ça, c’est vraiment intéressant.” Et puis, trois mois avant la première, j’ai eu l’œuvre complète et je l’ai apprise. Nous sommes rencontrées seulement trois jours avant la première mondiale ! C’était rapide et très intense, mais fantastiquement chaleureux et très naturel. »En ce qui concerne, donc, la question du message par rapport à la musique, abordée dans l’entrevue avec le chef Stéphane Denève, on voit que l’interprète n’a pas contribué à une réflexion particulière sur le sujet de l’œuvre. « Comme elle m’a demandé si j’avais des limites. J’ai dit : « “Écris-moi ce que tu ressens et si ce n’est pas possible à exprimer, je te le dirai.” » Finalement, c’est exactement ce qu’elle a fait. Un jour, elle m’a envoyé un mot pour me dire : “J’adore l’eau, je me sens concernée par l’environnement et les problèmes liés au fait que l’industrie prend le dessus sur les cénotes au Mexique.” On le ressent, par exemple, dans le troisième mouvement. C’est quelque chose de très clair : le violoncelle est en quelque sorte la voix du monde naturel et des idéaux, et il y a cette vague écrasante, une vague menaçante de l’industrie et de l’impact humain. Ce que j’aime chez elle, c’est que tout ce qu’elle veut, ce sont les couleurs. »