Le cinéma de David Cronenberg, surtout celui des années 1970 et 1980, est entre autres connu pour ses effets spéciaux aussi imaginatifs que répugnants. Des parasites de Shivers (Frissons) aux mutations du protagoniste de Videodrome, en passant par cette tête qui explose dans Scanners : plusieurs images restent indélébiles. À cet égard, un sommet fut atteint il y a 40 ans pile avec The Fly (La mouche). À l’occasion du retour sur le film dans le cadre de la série A posteriori le cinéma, on s’est entretenu avec le Montréalais d’origine Stephan Dupuis, qui, avec son collègue Chris Walas, remporta l’Oscar des meilleurs maquillages spéciaux pour The Fly : du grand art en la matière.« J’ai trouvé le scénario très intéressant », se souvient Stephan Dupuis, joint à sa résidence de San Francisco, ville qu’il habite depuis plusieurs décennies déjà. « Ça m’a tout de suite fait penser à ce qui se passait à l’époque, en lien avec le sida. »En effet, en 1986, maints critiques relevèrent à quel point le sort du protagoniste Seth Brundle, ce scientifique dont l’ADN se voit fusionner à celui d’une mouche lors d’une expérience de téléportation, pouvait être perçu comme une métaphore de la pandémie de sida. Des éruptions cutanées jusqu’à la dégénérescence du corps, Seth subit une lente, mais saisissante, métamorphose.C’est Chris Walas, connu pour les effets spéciaux du classique Gremlins (1984), qui fit appel à Stephan Dupuis.« On avait fait Scanners ensemble, en 1981, et on était devenus des amis. Lorsque The Fly lui a été proposé, il a pensé à moi. On a contribué tous les deux à faire des croquis, des maquettes, des moulages et ainsi de suite », explique Stephan Dupuis, qui commença à expérimenter les maquillages spéciaux gamin, au cours des années 1960, dans le sous-sol de la maison familiale à Montréal.Spectateur assidu du cinéma de son quartier, il fut captivé dès l’enfance par les « films de monstres », une spécialité de l’établissement. Doué pour le dessin, et encouragé par ses parents, Stephan Dupuis s’inscrivit en études cinématographiques au collège, où il ne tarda pas à mettre à profit ses talents singuliers dans les films de ses camarades étudiants.Des nuits blanchesRevenons à The Fly. Le film contenait une quantité importante de séquences nécessitant la participation de Dupuis et Walas : les parties de son corps que Seth perd, mais conserve dans des bocaux, le nouveau-né larvaire, la métamorphose finale en créature « insectoïde », l’éventail de maquillages prosthétiques allant du subtil au plus élaboré qu’arbore successivement l’acteur Jeff Goldblum (Jurassic Park/Le parc jurassique)…« C’était bien, travailler avec Jeff, note Stephan Dupuis. Il s’asseyait dans ma chaise et je me mettais au travail. Je me rappelle avoir passé des nuits blanches à préparer les maquillages de Jeff pour la journée suivante. Le studio était à Kleinburg [non loin de Toronto], à la campagne. C’est là qu’avaient été construits les décors du film : ce loft-laboratoire où vit le personnage. Je travaillais tellement fort que, bien souvent, je me couchais dans le décor et passais le reste de la nuit là. »
«The Fly»: l’art de l’horreur
Le Montréalais Stephan Dupuis se remémore la production, il y a 40 ans, des maquillages spéciaux pour le film oscarisé.









