Diffusé ce mardi sur France 5, ce film du maître de l’angoisse raconte les (més)aventures d’un type qui observe la vie de ses voisins à leur insu… Porté par James Stewart et Grace Kelly, il séduit le public et la critique depuis sa sortie en 1954. Thelma Ritter, Grace Kelly et James Stewart. Paramount Pictures/Alfred J. Hitchcock Productions Par Pierre Murat Publié le 11 août 2026 à 14h15 Le film le plus voyeur d’Hitchcock (qui, pourtant, s’y connaît…) mérite d’être vu, revu dans les moindres détails. Décryptage d’un chef-d’œuvre indémodable servi par une mise en scène d’une maîtrise absolue. Pourquoi re-re-re-voir ce film ? C’est l’un des Hitchcock les plus célèbres. Et des plus célébrés. Pour une fois, dès la sortie, en 1954, public et critique sont d’accord. Et leur enthousiasme n’a jamais faibli. Est-ce le meilleur film de son auteur ? Peut-être pas le meilleur (depuis quelques années, Sueurs froides détient ce titre). Mais celui où, de son propre aveu, Hitchcock s’amuse le plus avec le beau jouet qu’est, à ses yeux, le cinéma. Celui où il met en pratique l’une de ses grandes théories : « Le dialogue doit être un bruit parmi les autres, un bruit qui sort de la bouche des personnages, dont les actes et les regards racontent une histoire visuelle. » Quand les mots sont inutiles, la caméra s’impose. Le premier plan, par exemple, démarre sur la cour endormie, glisse sur le visage en sueur de James Stewart, passe sur sa jambe plâtrée, puis sur une table où l’on voit un appareil photo brisé et une pile de magazines, enfin sur un mur où l’on voit des voitures de course accidentées. À lui seul, le plan explique où on est, qui est le héros, ce qu’il fait et ce qui lui est arrivé… Découvrir la note et la critique “Fenêtre sur cour”, l’un des plus grands films d’Alfred Hitchcock Appartient-il à un genre ? Au cinéma, par excellence : un art de voyeur pour voyeurs. James Stewart qui observe, caché, la vie de ses voisins, est évidemment le pervers type, et hypocrite, puisqu’il s’abrite derrière son métier — photographe — pour assouvir son vice. Mais le personnage le plus intéressant est, sans doute, celui de Stella, sa femme de ménage (Thelma Ritter). Certes, elle admoneste sans cesse son employeur : ce n’est vraiment pas bien, lui répète-t-elle, de mettre ainsi son nez dans les affaires des autres. Mais on la sent, plusieurs fois, tentée par le spectacle. Thelma Ritter, en fait, c’est le spectateur, à la fois gêné et ravi d’observer James Stewart observant la vie des autres. Quelle est la scène la plus marquante ? Plusieurs. L’apparition soudaine de Grace Kelly, dont le visage s’approche de nous… pour — enfer et damnation ! — embrasser James Stewart ! La scène où elle s’introduit chez l’assassin, à la recherche d’une preuve de culpabilité (ironiquement, Hitchcock choisit une alliance : précisément ce que James Stewart refuse de lui accorder…). Sans oublier, évidemment, l’arrivée de l’assassin chez Stewart, qui n’a d’autre arme pour se défendre que ses flashs. Que sont devenus les acteurs ? Grace Kelly tournera encore un film avec Hitchcock (La Main au collet), puis deviendra, comme chacun sait, princesse de Monaco. James Stewart, lui, en fera deux (L’Homme qui en savait trop et Sueurs froides). Il poursuivra sa carrière jusqu’à la fin des années 1970, avant de mourir en 1997, à l’âge de 89 ans. N’oublions surtout pas Thelma Ritter, l’un des grands seconds rôles hollywoodiens. Dans cette catégorie, elle sera nommée six fois à l’Oscar, sans l’obtenir jamais. Qu’est-ce qu’elle l’eût mérité, pourtant, pour Chaînes conjugales et Eve, de Mankiewicz. Et surtout pour Le Port de l’angoisse, de Fuller, où sa mort est un moment d’émotion inoubliable… À lire aussi : Alfred Hitchcock : notre top 10, du plus gothique au plus vertigineux Fenêtre sur cour, d’Alfred Hitchcock, mardi 11 août, 21h. Sur France 5. Cinéma Autre Alfred Hitchcock Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Cinq questions pour une reprise : “Fenêtre sur cour”, d'Hitchcock sur Arte
Lorsqu’un grand classique ressort en salles, nous revenons sur lui en quelques questions clés. Cette semaine, le film le plus voyeur du grand Hitch (qui, pourtant, s’y connaît…).









