Élu l’an dernier sous la promesse de lutter contre les changements climatiques, voilà que le premier ministre Mark Carney se retrouve dépeint comme ennemi de la cause environnementale dans une vaste campagne que lance cette semaine le groupe québécois Équiterre.Ses militants prévoient lancer le bal lundi, avec un coup d’éclat organisé à Montréal visant à faire prendre conscience aux citoyens des « drapeaux rouges » que constituent les récentes décisions du nouveau gouvernement libéral, en premier lieu le financement d’un autre pipeline pour l’Alberta avec l’argent des contribuables.Daniel Rotman a été embauché par Équiterre en janvier 2025. Il avoue qu’à ce moment, il était emballé de voir l’ex-banquier Mark Carney se porter volontaire pour remplacer Justin Trudeau à la tête du Parti libéral du Canada.« J’étais très intéressé par la perspective d’un [ancien] envoyé spécial de l’ONU pour le financement de l’action climatique. Mais j’ai aussi tendance à penser que les actions valent plus que les paroles », explique en entrevue au Devoir le Montréalais de 45 ans, devenu à la fin de l’année dernière le nouveau directeur général du groupe écologiste.
Il a déchanté assez vite. Depuis son élection, en avril 2025, le nouveau gouvernement libéral a adopté le projet de loi C-5, qui permet de contourner les lois environnementales pour des projets d’intérêt national. Il a aussi suspendu les quotas de véhicules électriques, a rendu possible un retour des pesticides interdits pour leur dangerosité, et a aboli des mesures pour lutter contre l’écoblanchiment, entre autres décisions qui ont scandalisé les écologistes.M. Rotman estime maintenant que c’est le Québec au grand complet qui est mûr pour tourner la page de sa lune de miel avec Mark Carney. Les Québécois ont beau avoir élu 44 de ses députés à la Chambre des communes, ils ont selon lui été trahis par son piètre bilan en matière de protection de l’environnement.L’après-Steven Guilbeault« D’après-moi, c’est la démission de Steven Guilbeault [annoncée à la fin du mois de mai dernier] qui a marqué le moment où la lune de miel avec le Québec a pris fin », avance-t-il.Steven Guilbeault a été ministre de l’Environnement de Justin Trudeau, et un temps le ministre de la Culture et de l’Identité canadiennes de Mark Carney avant de quitter avec fracas son cabinet, choqué par la promesse d’un nouveau pipeline à l’Alberta. Avant la politique, M. Guilbeault a été militant écologiste, et a justement cofondé Équiterre en 1993. Il en a été le directeur principal de 2007 à 2018.Même si les groupes de défense de l’environnement ne se sont jamais gênés pour critiquer certaines décisions de l’ex-premier ministre Justin Trudeau, au moins ils disposaient sous sa gouverne d’un certain accès aux décideurs, témoigne Daniel Rotman, qui dirige aujourd’hui Équiterre. Cette écoute a été perdue.« On a essayé de rencontrer M. Carney. Mais, à ma connaissance, il n’y a aucun groupe environnemental qui a réussi à avoir une rencontre avec lui depuis son élection, malgré le fait qu’il a rencontré des dizaines de lobbyistes de l’industrie pétrolière », se désole-t-il. Équiterre s’est quand même vu accorder un entretien avec la ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, ainsi qu’une brève discussion avec le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson.Une récente analyse du groupe Environmental Defence montre que des lobbyistes de l’industrie fossile ont rencontré des membres du gouvernement fédéral à au moins 1318 reprises entre mai 2025 et avril 2026, soit l’équivalent de cinq rencontres par jour ouvrable. Élu en avril 2025, le chef libéral, Mark Carney, n’a trouvé aucun espace dans sa plateforme électorale de 78 pages pour mentionner son projet de construire un nouveau pipeline. Cet été, il est revenu sur l’idée de confier la construction de cet ouvrage au secteur privé, qui ne mettra finalement que 10 % des fonds.Former l’oppositionÉquiterre a pour ambition de mobiliser l’opinion publique pour mettre de la pression sur les élus libéraux, en particulier au Québec, où se déroule présentement une élection partielle à Chicoutimi-Le Fjord, et où trois autres scrutins sont attendus dans les prochains mois : dans Saint-Hyacinthe–Bagot–Acton, Rosemont–La Petite-Patrie, ou encore Laurier–Sainte-Marie. Cette dernière circonscription, au centre-ville de Montréal, est occupée par Steven Guilbeault, puisqu’il n’a pas encore officiellement démissionné.L’été 2026 a représenté une saison de financement record pour Équiterre, qui revendique avoir atteint l’objectif de financement fixé pour sa campagne hostile à Mark Carney en presque 48 heures. Daniel Rotman insiste pour dire que son groupe, « pragmatique », n’a « pas pris à la légère » la décision de s’en prendre aussi frontalement au nouveau premier ministre.







