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EnquêteSi nous nous rappelons des pare-brise constellés d’insectes morts après un trajet en voiture, que sait-on des loups qui rôdaient dans les campagnes au Moyen Age, ou des saumons dans la Seine au XIXᵉ siècle ? Cet oubli progressif d’une nature hier foisonnante nous empêche de protéger celle d’aujourd’hui.
Imaginez un enfant se promenant sur une plage bretonne, à marée basse. Il aura d’abord été averti : la pêche devra être limitée, prendre en compte la taille des animaux. S’il veut les manger, il devra s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés. Avant qu’il ne trouve le temps long, il aura peut-être attrapé une poignée de couteaux, croisé de minuscules carcasses de crabe, ramassé quelques coquillages.
Imaginons maintenant cette excursion, quelque quatre-vingts ans plus tôt. La profusion de vie sur cette même plage serait telle qu’elle serait pour l’enfant d’aujourd’hui – et peut-être même l’adulte – « presque monstrueuse », dit Claire Nouvian, la fondatrice de l’association Bloom, qui lutte contre la destruction des océans et du climat. On pourrait expliquer à l’enfant tout ce qui a disparu, mais son idée d’un bord de mer, celui dont il gardera le souvenir ému des aventures de l’enfance, sera toujours pour lui celui qu’il a connu : appauvri à l’extrême, vidé de milliers d’espèces et d’individus qui l’habitaient autrefois.









