Monde EuropeGuerre en UkraineMonde. Selon les services du renseignement américain, cités par le Wall Street Journal, Vladimir Poutine pourrait chercher à tester la cohésion de l'Alliance par une opération limitée contre un État membre.articleLecture 5 MinPublié le 07/08/2026 à 11:55Le président russe Vladimir Poutine assiste à une réunion avec la direction du ministère de la Défense, au Kremlin à Moscou (Russie), le 5 août 2026.via REUTERSAlors que les combats se poursuivent en Ukraine, les services de renseignement des Etats-Unis revoient leur appréciation de la stratégie de Vladimir Poutine. Selon des responsables américains cités par le Wall Street Journal, Moscou pourrait, dans les prochaines années, chercher à éprouver la solidité de l'Otan en menant une action limitée contre l'un de ses membres. Une hypothèse qui rompt avec l'analyse jusque-là privilégiée à Washington, selon laquelle le président russe éviterait toute confrontation directe avec l'Alliance tant que la guerre en Ukraine durerait.Les scénarios envisagés ne portent pas sur une invasion d'ampleur, mais sur des opérations plus ciblées : cyberattaques, actes de sabotage ou encore incursion terrestre limitée. Selon ces évaluations, l'une de ces initiatives pourrait intervenir entre cet automne et 2029. L'objectif ne serait pas de déclencher un conflit ouvert avec l'Otan, mais d'en tester la cohésion et, surtout, de mesurer la réaction des États-Unis face à une provocation contre un allié.De leurs côtés, les États-Unis doivent composer avec l'érosion de certains de leurs stocks de munitions, fortement sollicités par les livraisons à l'Ukraine depuis l'invasion russe, et encore plus depuis le début du conflit avec l'Iran. Les responsables américains évoquent notamment les missiles de frappe de précision à longue portée, les systèmes tactiques ATACMS ou encore les missiles sol-air Stinger. Un récent rapport du Center for Strategic and International Studies estime qu'entre 1 060 et 1 430 missiles Patriot auraient été utilisés lors du conflit avec l'Iran, laissant un arsenal largement entamé. Dans L'Express, Mark Cancian, colonel des Marines à la retraite et ancien responsable du budget de la Défense américaine, pointait il y a peu le risque d'une "agression opportuniste" : selon lui, des adversaires des États-Unis pourraient être tentés d'exploiter cette période de vulnérabilité.Accentuer la pressionJusqu'à récemment, Washington considérait que Vladimir Poutine éviterait toute confrontation avec un État membre de l'Otan tant que la guerre en Ukraine mobiliserait l'essentiel de ses forces. Mais cette analyse a évolué au début de l'année. Selon les responsables interrogés par le Wall Street Journal, le chef d'Etat russe se trouve désormais sous une pression croissante, aussi bien sur le front militaire que sur le plan intérieur. Les frappes de drones ukrainiens ciblent de plus en plus les capacités militaires russes ainsi que l'industrie pétrolière du pays, tandis que les gains territoriaux de Moscou restent limités malgré de lourdes pertes. Dans ce contexte, les services de renseignement américains cherchent à déterminer si le Kremlin pourrait être tenté d'accentuer la pression sur les alliés européens afin de reprendre l'initiative.Les dirigeants américains et européens disent déjà observer des "attaques de reconnaissance". Le Wall Street Journal cite notamment le missile de croisière russe tombé en Pologne ou encore les incursions de drones en Roumanie, interprétés comme autant de moyens de tester la réaction de l'Alliance. Pour Heather Conley, chercheuse à l'American Enterprise Institute, citée par le quotidien américain, la principale interrogation porte sur la réponse américaine en cas d'incident limité. Une série de mises en gardeCes nouvelles révélations s'inscrivent dans une série de mises en garde formulées ces derniers mois. En juin, des responsables de deux pays membres de l'Otan, dont la Lettonie, avaient alerté sur le risque de provocations russes contre les États baltes ou la Pologne afin de mesurer la cohésion de l'Alliance. Une source politique d'un autre État membre, citée par The Guardian, affirmait également que les services de renseignement recueillaient des éléments laissant penser que Vladimir Poutine "préparait quelque chose contre les États baltes".En juillet, c'était le média polonais Onet qui avançait que Moscou envisagerait une opération visant la Pologne. Le scénario évoqué combinait des frappes contre des infrastructures critiques et une incursion limitée menée par des soldats russes ou biélorusses. Là encore, l'objectif attribué au Kremlin ne serait pas de déclencher une guerre conventionnelle avec l'Otan, mais de mettre à l'épreuve sa capacité de réaction tout en accentuant la pression sur les soutiens occidentaux de Kiev.