Frauke Van Aerde: “Ils étaient très inspirés d'oiseaux. J’avais utilisé des ailes de pigeons empaillés et créé une coiffe à partir d’un corbeau mort, avec également des éléments naturels comme des cornes et de petites fourrures.”Corijn: “Moi aussi, j’envisageais de puiser dans l’univers animal pour les costumes, en accord avec la pochette de l’album ‘Malandra’.”“Comme je savais qu’elle pouvait travailler à partir d’une inspiration aussi extrême, je lui ai envoyé mon moodboard. En très peu de temps, elle a créé un petit haut à deux couches et une cape. Elle m’a également donné un masque qu’elle avait encore chez elle. Au départ, je n’avais aucune idée de ce que j’allais en faire, jusqu’à ce que Zita (Windey, avec qui Corijn a créé le spectacle pour enfants ‘Schoonbeest’ et qui accompagne Ão en tournée cet été, NDLR) et moi en fassions un élément de performance. Pour intégrer le costume à la scénographie, nous recouvrons la scène de petites fourrures, également autour de mon micro et parfois autour de la main de Siebe. Comme nous avons énormément de matière, on retrouve un élément de cet univers dans le costume de chacun.”“Je remarque que, lorsque je porte ce masque sur scène, j’éprouve beaucoup moins de gêne et je me sens plus libre. Comme j’ai l’impression que les gens ne me regardent pas vraiment, mes insécurités cessent momentanément de m’atteindre. À l’avenir, j’aimerais donc porter d’autres types de masques.”Frauke Van Aerde a offert à Brenda Corijn un masque recyclé qu’elle pourra utiliser lors de sa performance sur scène.© Mariana SáVan Aerde: “À l’origine, c’était un petit tapis Ikea que j’avais dans ma chambre lorsque j’étais enfant. À 17 ans, j’en ai fait mon tout premier masque en forme de tête de lion. J’ai pris une photo avec ce masque et mon chien Loulou, qui portait elle aussi une petite fourrure blanche. Après sa mort, j’ai transformé le masque pour une séance photo, un peu comme une manière de faire mon deuil. Et je l’ai ensuite transformé une nouvelle fois pour la performance de Brenda.”“Pour le reste du costume, j’ai conservé ce fil rouge en découpant presque entièrement un pull en laine aux poils extrêmement fins. J’en ai tiré un motif que j’ai cousu sur un soutien-gorge afin de créer un petit haut.”“Il existe déjà tellement de choses que je préfère chercher dans les magasins de seconde main ou chez moi des matières que je peux recycler. Même à l’Académie d’Anvers (conception de costumes), je travaillais souvent avec des matières résiduelles et des déchets.”Corijn: “Moi aussi, je suis adepte du réemploi. C’est pour cela que je trouve important que les vêtements du groupe soient en grande partie de seconde main. Même en tournée, nous entrons parfois dans une friperie pour y dénicher quelques pièces. Et sous sa veste de costume ReFind, le percussionniste Bert montre, comme toujours, son torse nu.”Lire aussiBrenda Corijn est une adepte du recyclage. “C’est pourquoi j’apprécie particulièrement que les vêtements du groupe soient en grande partie d’occasion – même en tournée, il nous arrive parfois de faire un tour dans une friperie pour dénicher quelques pièces”, explique-t-elle.© Maya CallizayaPouvez-vous nous expliquer votre processus de création?Van Aerde: “Nous avons d’abord passé beaucoup de temps ensemble à discuter du moodboard. Ensuite, je suis allée dans des magasins en écoutant Ão et j’ai parcouru Vinted à la recherche de ce que leur musique m’inspirait, car je commence surtout mes créations à partir des matières. J’ai envoyé à Brenda des photos de ma collection très variée et, sur la base de ses réactions et du briefing initial, qui prévoyait un col, de longues manches et une coupe courte, j’ai créé librement sur mon mannequin. Elle est venue faire un seul essayage, puis, un jour avant sa tournée (en mars 2026, Ão a donné à l’Ancienne Belgique le concert de lancement de ‘Malandra’, NDLR), je lui ai apporté deux grands sacs contenant tous les éléments que j’avais rassemblés et fabriqués, ainsi que de quoi effectuer les dernières retouches.”Corijn: “Avec ces sacs, elle m’a à son tour offert une grande liberté d’expérimentation dans les combinaisons de costumes. Je porte toujours le petit haut de Frauke, mais pas forcément la cape. Je porte parfois aussi une veste noire poilue créée par Tobias Van Nieuwenhove pour un costume de ‘Schoonbeest’. Zita et moi portaient toutes les deux le col en fourrure bleue confectionné par Frauke. Et le jour où il faisait beaucoup trop chaud pour mon propre pantalon, j’ai mis le short de sport Decathlon de Zita avec une jolie ceinture de seconde main. En résumé, c’est un travail de collage entre ce que nous avons chez nous et le travail de Frauke, qui donnent vie aux costumes.”“Même notre performance, il nous arrive encore de l’adapter le jour même. Et nous improvisons beaucoup sur scène, comme lorsque j’ai soulevé Zita récemment à l’OLT Rivierenhof. Nous improvisons aussi beaucoup sur le plan musical, car en concert, nous ne travaillons pas avec des bandes préenregistrées, ce qui est pratique lorsque je me retrouve une nouvelle fois coincée dans le public.” (rires)Quel effet votre costume doit-il produire?Corijn: “Je dois m’y sentir sûre de moi et plus puissante. Il ne doit pas être trop parfait, trop achevé ou trop propre. Il doit aussi dégager quelque chose d’étrange.”Van Aerde: “‘Fais-le asymétrique si possible’, m’avait demandé Brenda. J’ai donc créé le col blanc, un peu plus brut, à partir d’un ancien corset. Je l’ai cousu dans la cape, dans laquelle j’ai plié des baleines pour leur donner la forme d’un col.”Corijn: “Lorsque je ne bouge pas, il dégage presque quelque chose de sacré, mais dès qu’il se met en mouvement, il devient justement très brut. Souvent, avant de monter sur scène, je demande si tout est bien en place. On me répond alors que mon col n’est pas correctement positionné. Et je me dis que c’est parfait.”Lire aussiQuels souvenirs de festivals garderiez-vous toujours?“Alors que nous étions pressés de partir pour notre concert à Gent Jazz, une famille m’a demandé une photo au Cactusfestival. Il s’est avéré qu’il s’agissait du tout premier festival du bébé, qui se trouvait encore dans le ventre de sa mère lors de notre concert à l’AB. C’était donc notre plus jeune fan de tous les temps, et en fait, avant même qu’il ne soit vraiment venu au monde.”Quelle a été votre tenue la moins pratique?“En pleine performance, j’ai remarqué qu’en raison du poids du col corset, mon costume, qui était d’ailleurs terriblement chaud, glissait vers l’arrière et m’appuyait sur la gorge. Après quelques concerts, j’ai passé une demi-journée en Belgique et j’ai envoyé un message à Frauke. Comme elle n’avait pas de petits poids pour faire ressortir l’ensemble, elle a eu une idée géniale: en coudre trois gros presse-papiers. Et bon, ils font le travail.”Faire du stage diving ou être entraînée dans un moshpit?“Le stage diving figure sur ma bucket list, même si je me pose énormément de questions: me coucher sur le ventre ou sur le dos? Le public va-t-il me transporter jusqu’au fond de la salle, ou dois-je lui signaler que j’en ai assez? Et que se passe-t-il si personne ne me rattrape? Comme la situation peut très facilement devenir très gênante, je choisis pour l’instant le moshpit, mais gentiment.”“Outfit malfunction”ou“microphone malfunction”?“En cas de ‘microphone malfunction’, l’expérience de tout le monde est instantanément perturbée. En revanche, s’il y a un problème avec ma tenue, je suis capable de le résoudre, je l’ai déjà prouvé. Lors de notre performance au Cactusfestival, mon masque s’est cassé et je ne pouvais plus l’enfiler. Pendant un moment, je l’ai simplement tenu devant mon visage, puis j’ai tout de même décidé de retourner en coulisses pour essayer, les mains tremblantes, de refaire passer le fil dans le petit trou. Et oui, j’ai réussi à le réparer, avec un nœud supplémentaire. Mais je pense qu’en matière de tenue, on peut se permettre beaucoup de choses. Beaucoup de gens doivent se dire que ‘c’est probablement volontaire’, surtout lorsque l’ensemble possède déjà un côté quelque peu inachevé.”Quel artiste avez-vous hâte de voir cet été, tant pour sa musique que pour ses tenues?“J’ai surtout l’impression d’avoir déjà manqué beaucoup de choses. Comme FKA Twigs à Rock Werchter. Son univers visuel, de la danse aux costumes, est absolument incroyable. Et les vidéos de la performance de Celeste à Gent Jazz, dans une tenue magnifique, montrent à quel point ce concert était lui aussi exceptionnel.”Lire plusDans l’atelier de Guido Verhaeghe: Bach, Nick Cave et une œuvre qui traverse les décenniesLe DJ et producteur Faisal Chatar raconte son été de festivalsLa musicienne Tsar B raconte son été de festivals