Quentin JorisResponsable du service Économie/politique04 août 2026Aujourd'hui à 17:45La crise de Ceuta a ravivé les fractures européennes sur la migration, avant que les Vingt-Sept ne retrouvent un ton plus uni. Dans un dossier où l'Europe dépend largement de ses voisins, la solidarité et le sang-froid restent ses meilleurs atouts.La pression migratoire exceptionnelle subie par l’exclave espagnole de Ceuta, où des dizaines de milliers de personnes en provenance du Maroc sont arrivées la semaine dernière, a provoqué une déferlante de mises en garde contre une prétendue submersion de l’Europe.Dans une rhétorique chère à l’extrême droite, d’aucuns n’ont pas hésité à brandir l’idée d’une menace imminente pour notre continent, fustigeant l’attitude irresponsable de Madrid qui a récemment procédé à une campagne de régularisation massive de migrants illégaux.À ce stade, rien ne permet toutefois d'établir que cette politique explique, du moins seule, les événements de Ceuta. Les spécialistes soulignent fréquemment que les mouvements migratoires répondent à une combinaison de facteurs: conflits, pauvreté, réseaux de passeurs, politique du pays voisin ou encore contrôle des frontières. Gare aux explications simplistes donc.Comme les faits sont têtus, il n’est d’ailleurs pas vain de rappeler quelques autres données relatives à la crise qui vient de toucher l’exclave espagnole. Agiter les peurs est une chose, se concentrer sur les faits et leurs causes, en est une autre.D’abord, l’épisode de Ceuta est un drame humain: plus de 70 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre ses rivages. Cette donnée centrale ne trouve probablement pas la place qu’elle mérite dans le débat actuel. Ensuite, il convient de noter qu’aucun migrant entré à Ceuta lors de cette crise n’est parvenu à rejoindre le continent européen, tandis que la très grande majorité des personnes arrivées jeudi ont déjà regagné le Maroc. Un pays dont le rôle dans les événements récents mérite d’être sérieusement questionné, comme doit l’être la dépendance majeure de l’UE à des États tiers en matière de gestion des migrations.Malgré ces différents éléments, l’Italie n’a pas hésité à réclamer la semaine dernière l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen, dont Ceuta ne fait pourtant pas partie. En pleine crise, le réflexe de Rome ne fut pas de présenter un discours d’unité, de plaider la solidarité – dont elle a bénéficié à Lampedusa en 2023 –, mais bien d’ostraciser un pays et d’instrumentaliser un drame à des fins politiques.Reste que les événements de Ceuta ne doivent surtout pas être balayés d’un revers de main. Au contraire, ils peuvent servir de nouvelle leçon aux Européens. Dans un monde marqué par les déséquilibres économiques et le dérèglement climatique, de tels épisodes risquent de se reproduire.Réunis ce mardi à Bruxelles, les 27 ont démontré qu’ils considéraient le sujet comme prioritaire et affiché une certaine fermeté, tout en cherchant à apaiser la polémique des derniers jours. À l’avenir, ils gagneront à faire preuve de sang-froid et de rationalité en abordant les crises migratoires, mais également à bannir les analyses passionnées et la tentation de l’isolation.Le défi de la migration restera durable pour l’UE. Le choix pour les 27 est finalement clair: la fragmentation, qui affaiblit chacun, ou une politique commune solide, imparfaite probablement, mais seule capable de répondre à un phénomène ignorant les frontières nationales.
Édito | Migration: la division ne sera d’aucun secours
La crise de Ceuta a ravivé les fractures européennes sur la migration, avant que les Vingt-Sept ne retrouvent un ton plus uni. Dans un dossier où l'Europe dépend largement de ses voisins, la solidarité et le sang-froid restent ses meilleurs atouts.












