Monde EuropeGéopolitique. Après l'arrivée de plusieurs dizaines de milliers de migrants dans l'enclave espagnole, les Vingt-Sept se retrouveront mardi. Ils s'accordent pour l'instant sur l'urgence, nettement moins sur les réponses à apporter.Par Marion ProstarticleLecture 5 MinPublié le 03/08/2026 à 12:30Fin juillet, plusieurs dizaines de milliers de personnes, principalement marocaines, ont rejoint l'enclave espagnole de Ceuta située sur la côte nord-africaine, en traversant la frontière terrestre ou en tentant de gagner ses plages à la nage.REUTERS / Fabian BimmerSur une carte, Ceuta tient dans un coin, ce qui n'empêche pas d'y retrouver à peu près tout le débat européen sur l'immigration : le 30 juillet dernier, plusieurs dizaines de milliers de personnes, principalement marocaines, ont rejoint cette petite enclave espagnole située sur la côte nord-africaine, en traversant la frontière terrestre ou en tentant de gagner ses plages à la nage. Le bilan humain reste incertain et varie fortement selon les sources ; des dizaines de morts ont été recensées et des disparus sont toujours recherchés. Madrid affirme avoir repris le contrôle de la frontière en moins de quarante-huit heures et renvoyé l'immense majorité des arrivants vers le Maroc. L'urgence locale s'est donc rapidement atténuée. La discussion européenne, elle, commence seulement. Mardi 4 août, les ministres de l'Intérieur de l'Union doivent se réunir en urgence. Ceuta leur pose une question vieille de plusieurs crises migratoires : lorsqu'une frontière nationale constitue aussi une frontière extérieure de l'Union, jusqu'où va la responsabilité des autres États ? Le premier désaccord est apparu avant même la réunion. Vingt-deux États membres, parmi lesquels l'Allemagne, l'Italie, le Danemark, la Belgique ou les Pays-Bas, ont demandé une réponse européenne renforcée. La France, le Portugal et le Luxembourg n'ont pas signé leur texte. Madrid, de son côté, conteste directement le diagnostic d'une partie de ses partenaires : le gouvernement espagnol assure qu'aucun des migrants entrés à Ceuta n'a ensuite atteint l'Espagne continentale ou un autre pays de l'Union.Le casse-tête SchengenLa précision espagnole n'est pas accessoire : Ceuta et Melilla sont les deux seules frontières terrestres entre l'Union européenne et l'Afrique, mais leur statut dans Schengen est particulier. Une personne entrée à Ceuta ne peut pas simplement prendre le premier ferry pour Algésiras puis poursuivre jusqu'à Paris : des contrôles existent déjà entre l'enclave et la péninsule. Cela complique l'une des réponses proposées par Rome. L'Italie a rétabli temporairement des contrôles pour certaines arrivées depuis l'Espagne et souhaite que l'Union puisse aller plus loin. Le Danemark, la Suède, la Finlande et la République tchèque défendent également un renforcement des contrôles. Stockholm a prévenu qu'elle ne voulait pas voir des migrants ayant transité par l'Espagne poursuivre ensuite leur route vers le nord du continent. Problème juridique : un État ne peut pas simplement retirer à un autre son appartenance à Schengen. Le droit européen permet bien de rétablir temporairement des contrôles aux frontières intérieures lorsqu'un risque sérieux ou des défaillances importantes le justifient. Mais dans le cas présent, le point de départ de la crise est précisément une ville qui ne relève pas du régime Schengen ordinaire. Bruxelles peut en revanche lancer une évaluation des contrôles espagnols à Ceuta et vérifier si les règles européennes ont été correctement appliquées. Derrière la querelle sur Schengen se trouve un autre désaccord, plus politique : la stratégie migratoire de Pedro Sanchez. Son gouvernement a engagé cette année un vaste programme permettant à plusieurs centaines de milliers de sans-papiers déjà présents en Espagne d'obtenir un statut légal et d'intégrer notamment le marché du travail. Plusieurs gouvernements européens considèrent que ce type de mesure peut inciter de nouvelles personnes à tenter le passage. Madrid répond que les arrivées à Ceuta ont été contenues et que son bilan migratoire ne justifie pas les accusations dont il fait l'objet.Les centres de Giorgia Meloni dont Emmanuel Macron ne veut pasL'Italie arrivera mardi avec une autre proposition : le gouvernement de Giorgia Meloni veut développer à l'échelle européenne des centres de retour situés en dehors de l'Union, sur un principe proche de celui expérimenté par Rome avec l'Albanie, qui consiste à traiter hors du territoire italien la situation de certains migrants interceptés en mer, avant leur éventuel retour vers leur pays d'origine. Plusieurs pays africains ou méditerranéens pourraient être sollicités et le financement serait cette fois européen. L'idée n'est plus seulement théorique. Le règlement européen adopté en juin sur les retours permet désormais d’envisager davantage de dispositifs hors du territoire de l’Union. Mais Paris reste opposé au système : Emmanuel Macron avait déjà expliqué lors d'un précédent sommet qu'il ne croyait ni à son efficacité ni à sa compatibilité avec la conception française de la politique migratoire. Sur Ceuta, la position française est claire : soutien à l'Espagne et renforcement des frontières extérieures, oui ; généralisation du modèle italien, non.Madrid dispose de son propre argument pour répondre à ceux qui l'accusent de mettre ses voisins en difficulté : entre 2021 et 2026, l'Espagne a enregistré deux fois moins d'entrées irrégulières que l'Italie. Pedro Sanchez renvoie donc à Rome une partie de ses critiques, et remet sur la table une question : à partir de combien d’arrivées la politique migratoire d’un pays devient-elle le problème de vingt-six autres ?
Ceuta : Schengen, régularisations… L'Europe divisée face à la crise migratoire
Après l'arrivée de plusieurs dizaines de milliers de migrants dans l'enclave espagnole, les Vingt-Sept se retrouveront mardi. Ils s'accordent pour l'instant sur l'urgence, nettement moins sur les réponses à apporter.










