Les mineurs tombent sous les griffes de pédocriminels sur de nombreuses plateformes, mais une en particulier, Instagram, préoccupe la centrale canadienne qui collige des signalements liés aux cybercrimes pédosexuels. Ce réseau social fourmille de comptes familiaux et de profils d’adolescents.Selon des données obtenues par Le Devoir auprès du Centre canadien de protection de l’enfance (CCPE), Instagram est la plateforme la plus citée depuis 2020 dans les sextorsions rapportées à la centrale canadienne de signalement des cas d’exploitation et d’abus sexuels d’enfants sur Internet.Un cas de chantage sexuel peut impliquer une ou plusieurs plateformes, précise Jacques Marcoux, directeur de la recherche et de l’analyse du CCPE.

Le premier contact se fait d’ailleurs souvent sur Instagram dans les cas de sextorsion, car cette plateforme permet au cyberprédateur d’avoir plus d’informations sur la victime grâce notamment à ses publications et à ses comptes suivis, souligne René Morin, porte-parole du CCPE.Le pédocriminel se sert des renseignements sur sa cible pour la menacer, par exemple, de partager avec ses proches des images ou des vidéos à caractère sexuel d’elle, si elle refuse de lui envoyer de l’argent ou d’autres contenus intimes.Appel à la prudence« Instagram est un réservoir infini d’images de mineurs, affirme M. Morin. C’est un réseau qui est basé principalement sur l’image. Donc, à partir du moment où vous avez des individus qui s’intéressent aux photos mettant en scène des jeunes, la plateforme devient [leur réseau social de choix]. »M. Morin dénonce le fait que les algorithmes de ce réseau social viennent « alimenter certains penchants pédosexuels ». « Si vous passez votre temps à regarder des photos d’enfants sur Instagram, la plateforme va vous en proposer encore plus », dit-il, indigné.Le porte-parole raconte que certains adultes partagent par fierté leurs enfants sur cette plateforme sans se douter que leurs images peuvent être utilisées à mauvais escient. « À partir du moment où le visage d’un enfant est identifiable, le risque commence. »Il conseille ainsi aux parents de passer en revue leurs paramètres de confidentialité pour mettre leur compte privé, idéalement, ou au moins pour limiter le public de certaines publications. Selon le porte-parole, un beau geste de sensibilisation est de demander la permission aux jeunes avant de les publier sur les médias.Marissa Maria Kazadellis, procureure pour le Directeur des poursuites criminelles et pénales, mentionne que certaines photos peuvent paraître « innocentes », mais lorsqu’elles sont à mises à disposition de tous, « ça devient dangereux ».« Je dis toujours de faire attention aux photos d’enfants qu’on publie sur Internet qui sont en maillot de bain », explique l’avocate, qui pratique le droit depuis près de dix ans. Elle côtoie maintenant régulièrement au palais de justice de Montréal des victimes mineures de cybercrimes.Au-delà d’InstagramCyberaide.ca constate que, même si Instagram revient beaucoup dans les signalements, les plateformes utilisées par les pédocriminels sont variées et de plus en plus nombreuses.Le réseau social que Me Kazadellis voit le plus souvent dans ses dossiers est en fait Snapchat. Elle soutient que les cyberprédateurs choisissent leurs plateformes en fonction de leur public cible (enfants ou adolescents). Roblox, TikTok et Discord commencent à être de plus en plus populaires chez les pédocriminels, observe l’avocate.La centrale canadienne note d’ailleurs que TikTok, une plateforme consacrée essentiellement au partage de vidéos courtes, a été la plus citée dans les cas de sextorsion au cours des 18 derniers mois.« Le problème qu’on chante sur tous les toits depuis des années, c’est que les médias sociaux ont pas mal le champ libre », affirme René Morin.Responsabiliser les plateformesM. Morin indique qu’à l’heure actuelle, certaines plateformes privilégient encore les clics (donc les profits) au détriment de la sécurité des mineurs. D’où l’importance, selon lui, d’intervenir du côté législatif « pour mettre des balises aux opérateurs de médias sociaux ».