Depuis le fond des âges, les humains ont cherché à percer l’énigme du temps, entre leur aspiration à l’éternité et la temporalité de leur condition. Monique Durand est allée sur la route du temps qui va et qui vient, entrant à tâtons dans sa chair. Cinquième article de huit.
On a du mal à distinguer le ciel de la montagne, comme parfois le ciel de la mer. Tout est couleur de lait sous un soleil blanc de février. Mon guide, Vartan, m’a conduite au monastère dit des Psaumes, près du hameau de Saghmosavan, à vingt kilomètres de la capitale de l’Arménie, Erevan.Avant même de voir le chef-d’œuvre monastique, ses coupoles, sa rotonde, je les ai entendus, les psaumes. Je les ai entendus même si le silence était à couper, seulement traversé du cri d’un corbeau et, quelquefois, des aboiements d’un chien. « Comment s’appelle-t-il ? » je demande à un petit groupe qui entoure la bête canine dans le stationnement du monastère. Haussements d’épaules et traduction de Vartan à mon endroit : « Il n’a pas de nom. »Un sentier de neige nous mène au temple, encore caché à notre vue. Les monastères sont à l’Arménie ce que le Colisée est à Rome, le Parthénon à Athènes, ou la Grande Muraille à la Chine, témoins encore debout d’un segment ancien du temps humain. Les Arméniens ont exprimé leur génie dans une forme d’art née de la rencontre entre l’Orient et l’Occident. Ils ont fait parler la pierre, l’ont fait réciter, déclamer. Des dizaines de monastères parsèment leur pays, dont les plus remarquables sont nichés à même le roc des montagnes, inouïe splendeur, pierre encastrée dans la pierre.






