Depuis le fond des âges, les humains ont cherché à percer l’énigme du temps, entre leur aspiration à l’éternité et la temporalité de leur condition. Monique Durand est allée sur la route du temps qui va et qui vient, entrant à tâtons dans sa chair. Premier de huit articles.
Tadoussac, mars dernier. Pas le moindre vent, pas un frisson, pas un souffle. Le fleuve est du temps qui se repose avant de repartir. Son eau coule, toujours différente, toujours relayée par une autre. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », écrivait le philosophe grec Héraclite cinq siècles avant notre ère. Le temps est un flux incessant, un fleuve sans fin où glisse un grand bateau portant l’humanité à son bord. Et Tadoussac est un lieu presque irréel de mémoire et de beauté.J’ai lu des philosophes, des historiens, des sociologues, des anthropologues, des astrophysiciens, des psychologues, des spécialistes de tous poils pour tenter de m’y retrouver. Que suis-je venue faire dans la galère du temps ? Je me demande encore ce qui m’a pris, j’écris ces mots en souriant. Le sujet, à vrai dire, m’effrayait doucement. En raison de son énormité, de sa complexité. Mais peut-être surtout parce que le temps, c’est celui qui passe, fuit, déboule, dégringole du piédestal de la vingtaine innocente où il était juché, c’est celui qui nous reste, qui « ne se rattrape plus1 ».










