Depuis le fond des âges, les humains ont cherché à percer l’énigme du temps, entre leur aspiration à l’éternité et la temporalité de leur condition. Monique Durand est allée sur la route du temps qui va et qui vient, entrant à tâtons dans sa chair. 2e article de 8.

Le temps est un grand livre dont les pages tournent au vent des jours, un calendrier sans fin dont les dates, une fois périmées, se dissolvent pour ne plus revenir, et dont celles à venir s’étendent sur un horizon indiscernable.Chaque fin d’année marque un rituel pour nombre d’entre nous : se procurer un calendrier des douze mois qui viennent. Affichant des paysages, des oiseaux, des fleurs, des autos, des motos, et jusqu’à de jolies femmes aux lèvres gourmandes punaisées dans le fond d’une station-service, les calendriers sont payants ou gratuits, sobres ou fantaisistes. Vieux calendriers écornés qu’on hésite à déchirer comme les vieilles lettres d’amour. Ou, au contraire, qu’on se dépêche à déchiqueter quand l’année terminée fut horribilis ! Annus horribilis, mots devenus célèbres, prononcés par Élisabeth II pour décrire l’année 1992 qui en fut une désastreuse pour la famille royale.Parler du temps, c’est parler de la façon dont les humains ont cherché à le mesurer. Les mouvements du soleil et les déplacements de l’ombre, le retour des saisons ou les cycles de la lune « ont servi de premières références, mentionne la page Wikipédia de l’Histoire de la mesure du temps, pour organiser la vie agricole, sociale et religieuse des sociétés ». Les façons de mesurer le temps ont évolué selon les époques et les avancées de la connaissance. Gnomon, clepsydre, sablier et autres cadrans solaires se succéderont, jusqu’aux horloges atomiques d’aujourd’hui.D’un calendrier à l’autreDans les temps anciens, on comptait généralement les années à partir de l’année d’intronisation du souverain régnant. Les Romains ont préféré, eux, les compter à partir de la fondation de Rome. Sous Jules César naît ainsi le calendrier julien.Cinq siècles plus tard, en l’an 525, sous l’empereur Justinien et à la demande du pape Jean Ier, un moine astronome du nom de Denys le Petit bouleverse tout en proposant de faire de l’année de la naissance du Christ l’an 1 d’un nouveau décompte du temps. C’est lui qui décide que Noël tomberait un 25 décembre ! Cette façon de mesurer le temps sera bientôt adoptée quasi universellement pour des raisons de commodité et de commerce. Et pourquoi faire démarrer le décompte du temps à partir de la naissance du Christ ? Parce que l’Empire romain est devenu chrétien et que l’Église catholique, alors d’une influence prépondérante, a réussi à imposer cette datation.Dix siècles après les travaux de Denys le Petit, en 1582, le pape Grégoire XIII fait adopter le calendrier grégorien afin de corriger les inexactitudes scientifiques du calendrier julien. Le calendrier grégorien est encore en vigueur dans la majeure partie du globe aujourd’hui.