Les entreprises qui font vivre la musique francophone en situation minoritaire au Canada peinent à sortir de la précarité. Plusieurs de leurs dirigeants disent viser avant tout une chose pour les prochaines années : « être encore là », selon un rapport publié par une chercheuse de l’Université du Québec à Montréal en mai dernier.« La culture francophone au Canada, ce n’est pas juste au Québec que ça se passe », lance en entrevue Joëlle Bissonnette, chercheuse principale à l’origine du rapport d’une cinquantaine de pages.Mais pour faire vivre cette culture, encore faut-il une industrie musicale prospère et capable de soutenir les artistes franco-canadiens, résume-t-elle. Maisons de disques, services de gérance, agences de spectacles, maisons d’édition : les entreprises requises pour mettre en valeur le travail des artistes sont nombreuses. C’est à ces travailleurs que Joëlle Bissonnette et ses collègues se sont intéressés dans le cadre du rapport.Prospérer à l’extérieur du QuébecMalgré leurs réalités très différentes, plusieurs des 24 entreprises interrogées partageaient un même objectif, celui de permettre aux artistes de faire carrière sans qu’ils aient à quitter leur communauté pour s’installer au Québec, explique la chercheuse. « Que ces artistes-là restent franco-ontariens, franco-manitobains, qu’ils puissent rester chez eux », résume-t-elle.Faisant face à des réalités comparables, comme la dispersion géographique des communautés francophones minoritaires, les défis en matière de recrutement ou encore la surcharge de travail, ces entreprises n’arrivent pas toujours à persister dans le temps. « Le simple fait de poursuivre leur entreprise, d’“être encore là” dans trois à cinq ans demeure un objectif », est-il écrit dans le rapport.Les entreprises qui y parviennent doivent souvent adapter les modèles traditionnels de l’industrie musicale. Une gérante peut, par exemple, rédiger une demande de subvention ou organiser une tournée parfois sans rémunération supplémentaire. Les contrats d’exclusivité, courants au Québec, sont moins adaptés à des artistes qui doivent aller chercher des expertises auprès de plusieurs organisations dispersées un peu partout au pays.