Vous avez manqué le plus grand festival des arts de la scène? Pas grave! On vous le résume et on vous recommande six des meilleurs spectacles du "In" et du "Off", à découvrir chez nous dès le mois d’août.Clap de fin au Festival d’Avignon dont la 80ᵉ édition du "In" s’est achevée le week-end dernier sur une fréquentation en hausse avec 123.000 billets, selon le communiqué du festival, contre 118.000 l’an dernier, et un taux de remplissage en salles de 92%. Du côté du "Off", les résultats sont impressionnants, même s'ils masquent des disparités entre les 141 théâtres concernés: 1,4 million de billets vendus, mais un taux de remplissage de 54%.Au-delà des chiffres (près de 1.860 spectacles proposés au total entre le "In" et le "Off"), cette édition a surtout été marquée par de nombreuses prises de position politiques après l’annonce, la veille de l’ouverture, le 4 juillet dernier, de coupes budgétaires drastiques dans le secteur culturel français, et qui n’épargnent pas les 28 structures les plus subventionnées de l’Hexagone. Les organisations professionnelles les chiffrent à au moins 180 millions d’euros."Est-ce ce paysage de ruine que vous voulez laisser derrière vous?", ont lancé les artistes à l’adresse d’Emmanuel Macron dont le second mandat s’achèvera en mai 2027. Le secteur a demandé un moratoire immédiat sur ces coupes claires et l’ouverture d'une concertation nationale sur le refinancement de la Culture à hauteur de 1% du budget de l'État, contre 0,7% actuellement.La ministre de la Culture chahutée par des étudiants et des artistes belges à Avignon, le 11 juillet dernier. ©docElisabeth Degryse huée aux DomsCette révolte n’a pas épargné la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), dont la ministre-présidente Elisabeth Degryse (Les Engagés) a été copieusement huée devant le Théâtre des Doms, vitrine de la création théâtrale francophone en Avignon.Les artistes belges se plaignent principalement de l'augmentation du minerval qui touchera de plein fouet les étudiants des écoles d'art et du rabotage de la pension des artistes, entre-temps voté au Parlement fédéral. (L'Echo du 15 juillet 2026)Malgré ce contexte qui augure d’une rentrée sous haute tension, le Festival d’Avignon a continué de porter haut le spectacle vivant et son art joyeux de la réinvention et du dialogue. Nous avons retenu 6 spectacles marquants qui débarquent en Belgique dès le mois d’août.Trio de choc: Lisette Lombé, Jérôme Boivin et Marc Nammour. ©L'oeil de Ken1. "Ce que le ventre dit"→ Inattendues de Tournai (30/08/26) – Maison de la poésie de Namur (01/10/26) – Festival de Liège (19/02/27)Pour la deuxième fois de sa carrière (la première était en 2022), l’artiste plurielle et ex-poétesse nationale Lisette Lombé a mis le feu au Théâtre des Doms. Au fil des années, et ici en duo avec le rappeur franco-libanais Marc Nammour, la slameuse belgo-congolaise emmène de plus en plus franchement ses textes et ses combats vers la musique et le chant. Et ce n’est rien de moins qu'un excellent concert rythmé et endiablé auquel vous assisterez dès le 30 août aux Rencontres inattendues de Tournai.Aux platines, le DJ et claviériste Jérôme Boivin fait le pont entre le rap âpre de Nammour et le flow énergique d’une Lombé au sommet de son art, tant dans la densité de ses textes que dans la présence scénique. Les deux écorchés presque quinquas nous offrent un set (et bientôt un album disponible en janvier 2027) habité par la puissance des liens familiaux, la sortie de la honte sociale, l’amour des autres et l’envie communicative d’en découdre avec la montée des idées fascistes. Un grand bol de tendresse.Lisette Lombé et Marc Nammour - Ma Langue "Part I"2. "Lettre ouverte à l’humanité"À Namur, ce 29 août, vous ne verrez pas la totalité du spectacle "L’intraitable beauté du monde" issu de la programmation "In" du festival d’Avignon 2026, mais des extraits de textes de l’écrivain congolais Sony Labou Tansi (1947-1995), qui font la trame du spectacle. Ils sont lus par le comédien Étienne Minoungou et accompagnés par la musique live des multi-instrumentistes Katrine Suwalski et Simon Winsé.La beauté de cette "Lettre ouverte à l’humanité" s’inscrit dans la volonté de Minoungou de faire du théâtre un espace de discussion sociale. Un "théâtre de la conversation".S’appuyant ici sur la parole incisive et prophétique de Sony Labou Tansi, il nomme les violences politiques et l’urgence d’un réveil, convoquant également le romancier et philosophe martiniquais Édouard Glissant (1928-2011), qui avait repensé les modalités d’un dialogue métissé entre les cultures sur les cendres de la colonisation. Puissant!Bast Hippocrate et William Cardoso s’enlacent, se déchirent, s’accordent et s’affranchissent des visions normées de l’amour. ©Droits réservés3. "Joyaux lourdement sous-estimés"Tout comme leurs camarades belges, les Suisses ont une place de choix depuis plusieurs années au sein de la programmation "Off" à Avignon. Et bénis sommes-nous de voir débarquer aux Halles de Schaerbeek une pièce qui explore l’étreinte en tant que pratique chorégraphique et politique.Sur scène, deux corps d’hommes, ceux de Bast Hippocrate et William Cardoso, s’enlacent, se déchirent, s’accordent et s’affranchissent des visions normées de l’amour. Toucher, séduire, aimer, à quoi ça tient? Jusqu’où ça peut aller? Cette exploration mêlant danse, performance, théâtre et bande-son pop nous donne à sentir toute l’étendue et la complexité que recèlent nos liens charnels. ©Alice-Piemme | AML4. "Tadam""Tadam" a déjà pas mal tourné en Belgique et était présenté cet été dans le "Off" d’Avignon pour le plus grand plaisir des festivaliers. Joie! Ce spectacle "jeune public" (dès 9 ans), proposé par la Compagnie Renards, revient en Wallonie pour de nombreuses dates. Tout commence comme une fantaisie légère autour d’un magicien pour mieux rejoindre les abîmes étonnamment profonds de la dépression, de la perte de sens, des mensonges et des secrets.Avec humour et élégance, "Tadam" aborde ainsi de grands thèmes de la vie et nous emporte vers la lumière grâce au plus grand des pouvoirs: celui de notre imaginaire. Allez-y avec vos enfants, évidemment. Ou simplement avec l’enfant qui sommeille en vous."La parabole du seum", mis en scène par Rebecca Chaillon au Théâtre National, du 16 au 19 décebre 2026. ©Christophe Raynaud de Lage5. "La Parabole du seum"→ Théâtre National (16 > 19/12/26)Au début du spectacle, deux comédiennes passent en revue chaque membre du public, les désignant d’un seul mot. Au choix: "mince", "presque" ou "gros". "Grosse", elle l’est et le revendique, Rebecca Chaillon, la metteuse en scène française qui fait de sa corpulence, de sa couleur de peau, de ses origines sociales et de celles de ses comédiens et comédiennes un enjeu politique et social.Le titre est une référence au roman d’Octavia Butler, "La Parabole du semeur", dans lequel on suit une adolescente qui invente sa propre religion pour survivre dans un monde dévasté. Un geste que Chaillon, artiste associée du Théâtre National, a eu envie de prolonger. "J’ai la foi magique, et c’est une de mes stratégies en tant que noire, grosse, femme, gouine vieillissante et nullipare", assène-t-elle. Une pièce déjà essentielle du théâtre contemporain.80e Festival d’Avignon : rencontre avec Rebecca Chaillon • FRANCE 246. "Maldoror"→ De Singel, à Anvers (14 & 15/05/27)Il fallait s’accrocher pour tenir jusqu’au bout du spectacle inaugural du festival dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Plus de 5 heures de spectacle sur la littérature du mal! (L’Echo du 11 juillet). Au final, c’est une grande réussite tant Julien Gosselin manie à la perfection son ambitieux dispositif – caméras en direct, écrans géants, cadres mobiles, gros plans, corps exposés à la fatigue, musique électro mixée en temps réel. Le cinéma apporte l’immersion, le théâtre l’incarnation, la littérature la profondeur. Le tout porté par une distribution de jeunes comédiens polyglottes complètement habités.Lors de la seconde partie, le public descend sur scène et circule entre les décors, les comédiens, les cadreurs et les techniciens. Aux premières loges pour voir la fiction se fabriquer en temps réel. C’est là que Gosselin se montre le plus fort: quand la convention théâtrale s’efface complètement dans l’effervescence du plateau. À réserver sans hésitation!En Backstage à Avignon 2026 : langues et lieux du surtitrage dans “Maldoror”