Julie Scheibling, 30 ans, a accompagné et filmé son père, Christian, atteint d’une maladie dégénérative. Elle signe un récit délicat, auquel se mêlent de lumineuses archives familiales. Christian est décédé en novembre 2025. La réalisatrice Julie Scheibling et sa sœur cadette Line, alors enfants, avec leur père Christian. Collection personnelle/Mil Sabords Par Marie-Hélène Soenen Publié le 27 juillet 2026 à 17h01 Nos vies suspendues est un premier film né d’une nécessité. Celle, pour Julie Scheibling, 30 ans, de conserver des images de son père Christian, atteint d’un cancer et d’une pathologie neurodégénérative qui l’affaiblit rapidement. Le point de départ de cette pépite de la programmation documentaire estivale « L’heure D » est une démarche personnelle, la perpétuation d’un geste familial. Lorsque Julie et sa sœur cadette Line étaient enfants, Christian les filmait avec un caméscope. En 2024, la trentenaire, alors autrice, se saisit à son tour d’une vieille caméra. Christian, 65 ans, divorcé, vit seul au Havre, visité par son aide ménagère à domicile et son ex-auxiliaire de vie restée une amie. Julie Scheibling multiplie les allers-retours en Normandie, bientôt accompagnée par son amie Olivia Fégar, documentariste. « Olivia réalise des documentaires sur la vieillesse, le handicap, la question du soin, des thématiques qui recoupaient mon histoire intime. Nous avons eu envie d’unir nos regards dans un film à quatre mains, se souvient Julie Scheibling. Au fur et à mesure que je devenais vraiment aidante familiale, je devais de plus en plus souvent poser le caméscope. Nous nous sommes dit que ça n’avait pas de sens que je reste hors cadre. Ce n’était pas prévu, mais je suis devenue un personnage du film. » Découvrir la note et la critique “Nos vies suspendues”: un doc bouleversant sur la perte d’autonomie et ses conséquences Le propos évolue. Les coréalisatrices veulent lui donner une dimension sociale en témoignant des difficultés rencontrées par Line et Julie dans leur découverte de ce nouveau rôle, confrontées à « un hôpital en crise qui n’arrive pas à prendre soin d’un patient souffrant de maladies graves » et des « institutions à bout de souffle, en manque de moyens et de personnel ». Lorsque Julie Scheibling commence à le filmer, Christian est déjà malade depuis sept ans. Les deux sœurs ont été projetées particulièrement tôt dans l’aidance. « L’âge de notre père est une question centrale dans le film, parce qu’il n’existe pas de structures adaptées pour des personnes aussi jeunes. L’entrée à l’Ehpad est déjà souvent difficile à accepter pour des gens de 80 ans, mais à 65 ans, c’est une catastrophe. » Mil Sabords Vers la moitié du film, Julie Scheibling craque face caméra, les traits tirés, entre colère et désespoir. Si elle ne pensait pas forcément inclure cette séquence, Olivia Fégar insiste, jugeant cette tirade spontanée indispensable. À peine 30 ans et déjà la vie en suspens. « C’est une réalité qui va sans doute gagner du terrain, et à laquelle la société n’est pas préparée, commente Julie Scheibling. Notre film capte le moment où l’on se rend compte qu’on entre dans une nouvelle phase de l’existence. Un moment indéfini, sans horizon, toute projection étant rendue impossible. » Avec délicatesse, Olivia Fégar donne à voir le touchant lien père-fille, la tendresse, le soin qui subsistent dans le vertige émotionnel du deuil blanc, auquel nous sommes confrontés lorsque la personnalité d’un proche s’étiole de son vivant. Par touches, les extraits d’archives familiales font revivre Christian jeune papa quand, « libre de ses mouvements, il dansait, chantait », un « personnage » plein d’humour. Confrontée à la menace de la disparition, Julie Scheibling a choisi de rendre hommage à une figure paternelle rayonnante, dans ce qu’elle qualifie joliment de « film d’amour ». Nos vies suspendues, disponible sur France.tv, et le 27 juillet à 23h35 sur France 3. Télévision Santé France.tv Documentaire Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Devenir aidant à 30 ans : un docu sur une “réalité à laquelle la société n’est pas préparée”
Julie Scheibling, 30 ans, a accompagné et filmé son père, Christian, atteint d’une maladie dégénérative. Elle signe un récit délicat, auquel se mêlent de lumineuses archives familiales. Christian est décédé en novembre 2025.







