Donald Trump a remis en marche, la semaine dernière, sa fabrique à tarifs commerciaux. Les experts essaient, tant bien que mal, de ne pas perdre le fil quant à leur niveau, leurs dommages économiques et leurs recettes, notamment aux États-Unis.

À quel niveau se trouvent désormais les droits de douane américains ?Le taux effectif appliqué aux importations, toutes provenances confondues, a changé plus d’une cinquantaine de fois depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche au début de 2025, rapporte le Budget Lab, un centre de recherche spécialisé de l’Université Yale. D’une moyenne pondérée de 2,7 %, il a grimpé jusqu’à 23 % le fameux « jour de la libération » d’avril 2025, pour continuer, ensuite, de faire du yoyo au gré des humeurs du président, de la conclusion d’ententes plus ou moins solides avec des pays et de décisions des tribunaux américains.Ce taux effectif moyen est brièvement tombé de 14,5 % à 8 % lorsque la Cour suprême américaine a invalidé l’une des dispositions utilisées par le gouvernement Trump, mais a immédiatement remonté grâce au recours à des solutions temporaires. Il devrait être revenu à 12,4 % à la fin de l’été, si Washington va de l’avant avec toutes ses menaces et n’en profère pas de nouvelles.Cette moyenne cache toutefois d’importants écarts entre les pays, le Canada, par exemple, passant d’un taux effectif pratiquement nul, au début de 2025, à 7,8 % à la fin de l’été, alors que la Chine passerait de 12 % à presque 22 %, selon le Budget Lab.Les économistes de la Banque Royale arrivaient, vendredi, à une estimation plus basse pour le Canada, à raison d’un éventuel taux effectif de 5,9 %. Mais, là encore, cette moyenne gomme le fossé entre des économies manufacturières beaucoup plus touchées, comme celles de l’Ontario (9,7 %) et du Québec (12,2 %), et les provinces exportatrices d’engrais et de pétrole que sont la Saskatchewan (1 %) et l’Alberta (0,8 %).Quelles sont les conséquences économiques de ces tarifs ?Difficile à dire. Aux États-Unis, ils ne se sont toujours pas traduits par un retour des emplois ou de l’investissement manufacturiers, ni même par une diminution durable du déficit commercial.Quant aux dommages infligés à l’économie et au pouvoir d’achat des consommateurs, ils ont surtout découlé du climat d’incertitude. Quant au reste, ils ont, jusqu’à présent, été moins importants que ne l’avaient prédit plusieurs experts, entre autres, parce que les entreprises ont appris à remplir leurs entrepôts aux bons moments, parce que le gouvernement Trump a accordé des assouplissements là où ça comptait le plus et parce que la plupart des autres pays n’ont pas adopté de mesures de représailles.Durant la prochaine année, les tarifs douaniers américains en vigueur ou annoncés pourraient stimuler très subtilement la croissance économique américaine (+ 0,02 %), avant de la tirer légèrement vers le bas à plus long terme (-0,14 %), estime le Budget Lab. En fait, le secteur manufacturier (+ 2,6 %) — à l’exception de celui des produits les plus avancés (-2,3 %) — serait presque le seul à en profiter, contrairement aux industries de l’agriculture (-0,2 %), des mines (-1,1 %), de la construction (-2,3 %) ou des services (-0,08 %).Quant au coût de la vie, les tarifs pèseraient surtout sur le prix des meubles (+ 2,7 %), des automobiles (+ 2,8 %) ou encore des vêtements (+ 4,3 %), pour une augmentation de l’indice des prix à la consommation de 0,7 point de pourcentage.Pour les ménages américains, cela se traduirait par un appauvrissement de presque 1000 $ par année (975 $), à raison de 530 $ (ou 1,4 % du revenu disponible) pour les 10 % des plus pauvres et de 2260 $ (0,5 %) pour les 10 % des plus riches.Et qu’en est-il des revenus que Washington tire de ses tarifs ?Donald Trump aime bien présenter les droits de douane comme la meilleure source de revenus qui soit parce qu’ils taxeraient les compagnies étrangères et permettraient d’amasser des fortunes.Dans les faits, jusqu’à 96 % de ses tarifs commerciaux n’ont pas été payés par les étrangers, mais par les Américains eux-mêmes, selon des experts. Si les tarifs annoncés par leur président devaient être appliqués, ils devraient permettre de récolter presque 150 milliards dès l’an prochain, et presque 200 milliards l’année suivante, selon les calculs du Budget Lab.Cela peut paraître beaucoup, mais ce serait moins de 10 % du déficit budgétaire du gouvernement fédéral américain, qui devrait dépasser les 1850 milliards cette année, rappelle le centre de recherche américain Peterson Institute for International Economics.Et encore faut-il que les nouveaux tarifs commerciaux de la Maison-Blanche réussissent le test des tribunaux. En effet, lorsque la Cour suprême a finalement invalidé ses prétendus « tarifs réciproques » en février dernier, les juges ont ordonné à Donald Trump d’en rembourser chaque cent, intérêts compris. Environ 90 milliards ont ainsi été retournés à qui de droit et il en resterait encore 70 milliards à rembourser, a rappelé vendredi la firme d’analyse Oxford Economics.