Harris Dickinson s’offre à Nicole Kidman… Sans la chanson langoureuse “Father Figure”, l’apogée du thriller érotique de Halia Reijn aurait-il connu un tel succès ? Nicole Kidman et Harris Dickinson dans “Babygirl” (2024). Photo 2AM/A24/Man Up Film Par Adèle Buijtenhuijs Publié le 26 juillet 2026 à 20h30 Un regard de braise, un torse nu qui dévoile des abdominaux dessinés, quelques tatouages épars… Samuel (Harris Dickinson) danse, lascivement, dans une chambre d’hôtel luxueuse. Depuis son fauteuil aux airs de trône, Romy (Nicole Kidman) le dévisage, drapée dans un peignoir blanc immaculé. En fond sonore, Father Figure, de George Michael. Quelques minutes d’une sensualité troublante, qui, dès la sortie de Babygirl, de Halina Reijn, en 2024 sont devenues virales sur les réseaux sociaux. Rejouées par des milliers d’internautes (dont Pedro Pascal), elles résumentà elles seules tous les enjeux et les revendications du film. Romy allie d’une main de maître carrière et famille mais cache, derrière son visage figé par le Botox, des désirs sexuels qu’elle s’est toujours refusée à exprimer. Ses fantasmes s’animent au contact de Samuel, jeune stagiaire arrogant et manipulateur. A priori, c’est lui qui mène la danse : il assène à sa patronne un « J’ordonne, tu obéis » ou un « Gentille fille » après que celle-ci a avalé un verre de lait qu’il lui a intimé de boire. Mais dans cette chambre, la dynamique se déplace. Filmé en plan serré, s’abandonnant à la voix sensuelle de George Michael et aux paroles sans équivoque de Father Figure (« Pour être assuré et nu / À côté de toi »), Samuel devient l’objet du regard, le corps offert à la caméra. Face à lui, Romy — de plusieurs décennies son aînée — reste habillée. C’est elle qui a réservé la suite, qui a l’argent, le statut, l’expérience. Alors, qui détient réellement le pouvoir ? Qui est la véritable « figure dominante » ? Ou la « babygirl » ? Lui, elle, les deux, personne… Finalement, peu importe. Car loin de s’accommoder d’une lecture binaire, l’idée est plutôt de montrer la complexité des rapports de domination qui se déplacent, s’inversent et se négocient sans cesse. Reste un dernier parallèle entre le film et le tube de George Michael. Lorsqu’il l’enregistre, en 1987, le chanteur cultive une image de sex-symbol viril et machiste, dissimulant son homosexualité. Comme Romy, il habite le personnage que le monde attend de lui. Le morceau devient alors le miroir d’un film consacré à l’écart entre les rôles que l’on joue et les désirs que l’on tait. Babygirl, disponible sur Prime Video. À lire aussi : “Babygirl” vu par nos critiques : Nicole Kidman “sensationnelle” en “grande patronne aux fantasmes inavouables” Cinéma Musique Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus