Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Romans étrangers Romans étrangers Romans étrangers En 1922, un amnésique de guerre et celle qui dit être sa femme tentent de revivre. Article réservé aux abonnés « Le Soldat remémoré » (De herinnerde soldaat), d’Anjet Daaje, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Gallimard, « Du monde entier », 736 p., 28 €, numérique 20 €. Aux premières pages, le lecteur retrouve ce plaisir romanesque de la répétition et du terrain connu : un homme sans mémoire, un asile, des femmes venues identifier un mari disparu. Comme un archétype de la littérature de l’amnésie, semble-t-il. Nous sommes en 1922, dans les Flandres dévastées par la première guerre mondiale, et Noen Merckem (ainsi nommé car on l’a retrouvé dans le village de Merckem, à midi – noen en flamand) attend depuis quatre ans déjà qu’on le reconnaisse. Mais sur le visage de celles qui le scrutent, il ne lit que la déception et le désespoir. Puis, un jour, une certaine Julienne l’identifie comme son époux et lui rend son prénom, Amand, qui ne veut rien dire pour lui. Avec facilité, l’autrice s’installe dans ce récit classique du soldat traumatisé, du corps qui porte ce qu’il ne peut pas raconter. Les phrases s’enroulent sur elles-mêmes, la narration se focalise sur Noen-Amand, sur le vide labyrinthique de son identité. Mais ces premières pages fonctionnent comme un leurre. Car ce que Le Soldat remémoré explore, ce n’est pas l’oubli de soi : c’est la possibilité, vertigineuse, de devenir n’importe qui – ou que quelqu’un d’autre en décide à votre place. Il vous reste 70.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.