Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres La liste de La Matinale La liste de La Matinale La liste de La Matinale Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose ses choix littéraires. Aujourd’hui, notamment, la romancière Anjet Daanje relate la trajectoire d’un soldat amnésique vers une nouvelle personnalité. Article réservé aux abonnés LA LISTE DE LA MATINALE « Le Monde des livres » continue sa sélection de lectures délectables pour l’été, avec au programme cette semaine : Comme on quitte un imperméable, deuxième roman du musicien Thomas Fersen, récit de la naissance de son double – son âme d’artiste ; Le Soldat remémoré, de la romancière néerlandaise Anjet Daanje, ou comment retrouver la mémoire peut vous entraîner loin de vous-même ; une biographie de Jean-Léon l’Africain, par Houari Touati, passionnante plongée dans le XVIe siècle des débuts de l’humanisme, au cœur du dialogue des cultures ; enfin, la rencontre de deux grands créateurs, à des millénaires de distance : la traduction toute personnelle de L’Orestie, d’Eschyle, par Pier Paolo Pasolini. ROMAN. « Comme on quitte un imperméable », de Thomas Fersen Parce qu’il se sent « décousu », son père envoie celui qui deviendra Thomas Fersen à l’autre bout du monde. Comme on quitte un imperméable conte quarante jours au Mexique : la mue d’un chevalier moderne déjanté qui change de peau. Son « âme trouble et insoumise quitte son pantalon pour errer en sous-vêtements parmi une troupe de spectres ». Se rencontrer soi-même, pour le héros, c’est se frotter aux autres : des femmes ; des animaux, drôles de frères – une dinde qui enfle pour séduire, un iguane empathique qui héberge en lui un homme, des abeilles déchaînées engouffrées dans ses cheveux, jusqu’à ce qu’une nonne le sorte de ce mauvais pas… Les rimes internes, la scansion musicale font bondir l’octosyllabe, le plus ancien et le plus souple des vers français – le plus long vers sans césure. On caracole dans les lais de Marie de France, les récits de chevalerie de Chrétien de Troyes, le spleen et l’idéal d’un Baudelaire folâtre, revisité par la verve libertaire de Brassens et les ritournelles de Brel. Dans cette épopée ironique à l’insolence vibrante, les clés d’interprétation plurielles font jaillir la part hirsute et sauvage du jeune homme : son âme d’artiste. Thomas Fersen le barde fait passer, dans le corset du vers, une amplitude narrative et existentielle irrésistible, et donne un coup de badine impérial au roman, dont il fait une chanson folle. On le suivrait, sur son mulet cyclothymique, jusqu’au bout du monde. Ju. E. Il vous reste 65.52% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.