L’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) monte au créneau après la publication, la semaine dernière, du rapport sur la modernisation du secteur des boissons alcoolisées. Elle estime que les recommandations privilégient les intérêts de l’industrie au détriment des questions de santé publique. À l’inverse, des acteurs du milieu saluent un exercice attendu depuis des années et pressent Québec de passer à l’action.« La santé était au menu, mais pas à la table des discussions. À part de brèves présentations, les organisations de santé publique et en dépendances étaient invitées comme simples observatrices, sans pouvoir prendre part aux discussions, malgré nos demandes répétées », déplore Kim Brière-Charest, directrice des projets sur les inégalités sociales à l’ASPQ.En mars, Québec a lancé un chantier de modernisation des lois sur l’alcool afin de dépoussiérer les règles entourant la vente de ces produits et de soutenir ce secteur économique en croissance. Un comité interministériel, coprésidé par les ex-députées Diane Lemieux et France Dionne, a mené deux consultations en mai auprès de plus de 70 acteurs du milieu. Son rapport final a été publié la semaine dernière.Le document ratisse large et formule une trentaine de recommandations pour guider le gouvernement dans sa révision de la Loi sur la Société des alcools du Québec, la Loi sur les permis d’alcool et la Loi sur les infractions en matière de boissons alcooliques.Parmi les propositions, sans surprise : la simplification des permis des fabricants et des détaillants, une meilleure valorisation des produits locaux, une révision des sanctions et un renforcement des pratiques de la Régie des alcools, des courses et des jeux. Les coprésidentes suggèrent aussi aux autorités d’élargir la livraison par des tiers, d’assouplir certaines règles publicitaires, d’autoriser la vente d’alcool dans les marchés publics et d’augmenter la diversité des vins en épicerie.Des craintesCes recommandations inquiètent l’ASPQ, qui craint une hausse de la consommation et des méfaits liés à l’alcool. « On n’est pas contre la modernisation de l’encadrement de l’alcool, mais il faut faire une évaluation à 360 degrés et mettre la protection de la population au centre de la réflexion », fait valoir Mme Brière-Charest, qui souligne qu’une seule recommandation sur la trentaine porte explicitement sur une question de santé. L’organisme demande donc au gouvernement de poursuivre les consultations en la matière.De son côté, France Dionne rejette ces critiques : « Les représentants du secteur de la santé étaient présents, ils ont présenté leurs dossiers et tout le monde était sensible à ça. » Elle rappelle qu’une recommandation concerne l’instauration d’un prix minimum, une mesure réclamée par le milieu de la santé publique.Selon elle, le rapport reflète la diversité des opinions entendues pendant les consultations. « Il y a des éléments qui convenaient à tout le monde et d’autres sur lesquels il y avait des différences d’opinions. »L’industrie satisfaiteLes acteurs de l’industrie consultés par Le Devoir se disent quant à eux satisfaits des conclusions du rapport, estimant que leurs préoccupations ont enfin été entendues.« C’est la première fois qu’on prend le temps de réunir tout notre écosystème pour réfléchir ensemble à nos enjeux », souligne, reconnaissant, Philippe Roy, directeur général de l’Association des brasseurs du Québec. Une grande partie des demandes de l’association se retrouve dans les recommandations, comme la simplification des règles sur les permis, l’entreposage et la distribution. L’industrie dénonce aussi depuis longtemps un déséquilibre avec la Société des alcools du Québec, qui bénéficie d’une plus grande marge de manœuvre commerciale.Le Conseil des vins du Québec accueille aussi favorablement le rapport. Son président, Matthieu Beauchemin, se réjouit notamment des mesures visant à mieux protéger les producteurs artisans et à assouplir les règles de livraison.« Le fait que les consultations aient permis de dégager un consensus aussi large, autant chez les fabricants que chez les détaillants, démontre que le besoin de moderniser n’est plus à débattre. Ce qu’il faut maintenant, c’est de l’action », ajoute Nicolas Bériault, président de l’Union québécoise des microdistilleries.