La Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN) a annoncé mardi la naissance d’une collaboration avec l’entreprise canadienne Musical AI pour surveiller l’usage non autorisé d’œuvres musicales sous droit d’auteur par les entreprises de musique générée par l’intelligence artificielle (IA), telles Suno, Udio et Boomy. La collaboration vise « à protéger les créateurs et créatrices de musique dans une industrie où l’[IA] transforme la façon dont la musique est créée, utilisée et monétisée », déclare la société.Cofondée par l’entrepreneur anichinabé Sean Power, Musical AI a inauguré sa plateforme de gestion de droits en 2024 ; sa technologie pourrait devenir le chaînon manquant de la redistribution des droits d’auteur à l’ère de l’IA : « Musical AI fournit une infrastructure d’attribution transparente et auditable [qui] s’intègre aux accords de licence existants et fournit les enregistrements et les rapports dont les entreprises ont besoin pour opérer en toute confiance », résume l’entreprise.« Notre intérêt est d’abord de collaborer avec une entreprise innovante et qui démontre des valeurs proches, sinon identiques, à celles de la SOCAN », explique au Devoir Alexandre Alonso, vice-président pour le Québec et les affaires francophones à la SOCAN. L’un des principaux enjeux de la révolution IA, argumente-t-il, est celui de la transparence. Les services de musique générée par l’IA ont été entraînés sur des œuvres protégées par la Loi sur le droit d’auteur, mais les entreprises ont utilisé ces catalogues sans autorisation. La technologie de Musical AI permet de déterminer, avec un certain niveau de précision, quelles œuvres protégées ont été employées pour créer les « extrants », soit les fichiers audio générés par l’IA.Et l’identification, ou l’attribution, permettra d’offrir une juste rémunération des créateurs, résume Alonso. « C’est un peu comme faire de la rétro-ingénierie, le but étant d’identifier, à l’intérieur d’un corpus d’œuvres très vastes, quelles œuvres ont été prises pour générer l’extrant. »Une autre manière de voir la collaboration est de considérer les identifications de Musical AI comme autant de preuves qui serviront à mettre de la pression sur les entreprises de musique générative, quitte à ce que la SOCAN fasse entendre la cause des ayants droit devant les tribunaux, une possibilité toujours envisagée par l’organisation : « Musical AI apporte la technologie, la SOCAN, notre expérience à titre de société de gestion collective ; notre mandat, c’est d’en arriver à négocier des licences » avec les Suno de ce monde.