Temps de Lecture 7 min.

Article réservé aux abonnés

EnquêteTrajets toujours plus longs, coûts élevés et faible rémunération… « Le Monde » et Lighthouse Reports révèlent qu’une série d’acquisitions effectuées par le groupe Bigard et approuvées par les autorités de la concurrence ont restreint drastiquement les choix des éleveurs de bovins en matière d’abattage. Au risque de les asphyxier, et d’accélérer l’industrialisation du secteur.

Thierry Thil se souvient très bien du jour où l’abattoir Charal de Metz a cessé d’accepter les veaux, en 2021. L’animal à l’origine de l’incident était le sien. « Les veaux étaient abattus dans le couloir des bovins, adaptés à des animaux de près d’une tonne. Mon veau de 150 kilos a réussi à se retourner et a foncé sur le bouvier », raconte l’éleveur de vaches, de porcs, de chèvres et de volailles biologiques du village nord-mosellan de Zoufftgen.

L’événement est loin d’être isolé, mais, « à ce moment-là, une équipe de sécurité était sur place et a vu la prise de risque ». Plutôt que d’investir dans une nouvelle chaîne d’abattage – « pas rentable », selon Thierry Thil –, Charal a exclu « sur-le-champ » les veaux des circuits. « C’était du jour au lendemain », soupire-t-il, évoquant le procédé habituel de Charal : « un courrier » qui annonce l’arrêt d’un service. « Maintenant, [l’abattoir] est ultra-standardisé. »