Assistive Technology Challenge (ATC) est un projet MAKE de l’EPFL qui propose à des étudiantes et étudiants en Master de créer une solution utile à des personnes en situation de handicap.De mémoire de prof, jamais on n’avait vu une présentation de projet de semestre se tourner en atelier crêpes. Aux fourneaux le 28 mai dernier, Michel Abela, étudiant en 2e année de Master en robotique, a cuisiné les yeux bandés devant le public, sous le regard attentif de ses trois camarades, Ghita Amrani, Chloé Abou Halka et Alessandro Minghelli. Ce n’est pas la performance culinaire qui intéressait ici le jury, mais la démonstration que le prototype développé par le quatuor fonctionne bien. Ressemblant un peu à la première génération de téléphones portables, antenne en moins, il s’agit en fait d’une télécommande pour plaque de cuisson tactile conçue pour les personnes malvoyantes.ATC Touch-only cooktop adapter: Ghita Amrani & Michel Abela - 2026 EPFL - CC-BY-SA 4.0La création de cet appareil était l’une des six propositions du Assistive Technology Challenge 2026, un projet MAKE destiné à mettre en relation des personnes en situation de handicap avec des équipes pluridisciplinaires d’étudiantes et d’étudiants. Ce défi était porté par Hervé Hirt, collaborateur de l’EPFL, et son épouse, tous deux malvoyants. Leur besoin: pouvoir cuisiner en toute autonomie alors que la plupart des appareils électroménagers sont aujourd’hui équipés de commandes tactiles sans relief.Les quatre étudiantes et étudiants ont passé du temps avec Hervé et sa conjointe pour bien comprendre leurs contraintes quotidiennes au sein de leur logement. C’est ainsi qu’ils sont arrivés à imaginer une manette sur le modèle d’une télécommande, avec des boutons en relief en forme de matrice. L’appareil communique via une fréquence radio avec un tout petit ordinateur intégré à la plaque de cuisson, ce qui évite toute interférence avec le Bluetooth ou le WiFi. Sa coque a été pensée pour être résistante à l’eau et adaptée à un environnement de cuisine. Un petit hautparleur incliné en direction des cuisiniers lui donne son aspect de téléphone vintage : la voix qui en sort permet de suivre les actions au fur et à mesure; en pressant sur le bouton «Info», on obtient aussi un état de situation des quatre plaques. Enfin, cerise sur le gâteau, les concepteurs ont programmé quatre langues, petit clin d’œil au marché suisse multilingue.ATC Touch-only cooktop adapter: Remote control - 2026 EPFL - CC-BY-SA 4.0Un coup d’avanceUn marché qui pour l’instant s’intéresse peu aux personnes à besoins spécifiques, ce qui explique pourquoi l’industrie n’a pas encore développé d’appareils électroménagers à commande vocale. «Les produits sont généralement conçus pour toucher le plus de monde possible», explique Ghita. Pour cette étudiante de 1ère année de Master en génie électrique et électronique, la motivation à mener ce projet tenait justement au fait qu’il puisse servir concrètement à une personne réelle. «Trouver autant de sens m’a totalement boostée», dit la jeune femme.Pour Chloé, en 1ère année de Master en ingénierie des sciences du vivant, le côté pluridisciplinaire a été un des gros intérêts du projet: «J’ai découvert plein d’outils qui me seront utiles plus tard pour travailler dans le domaine de l’ingénierie médicale, par exemple pour des implants», déclare l’étudiante inscrite en mineur de Neuro-X.Leurs deux collègues masculins, Michel et Alessandro, ont quant à eux achevé quatre semestres de Master en robotique, ce qui en faisait des candidats assez naturels pour le projet. L’addition des compétences techniques qu’il a fallu orchestrer a emballé Alessandro, qui a en particulier réfléchi au design de l’objet et contribué à son usinage au SPOT, l’atelier de prototypage du campus.Michel, pour sa part, relève aussi le côté appliqué du projet: «Depuis tout petit, je construis des robots et j’adore les challenges. Ici, en plus, il y avait l’interaction directe avec Hervé, qui nous donnait des feedbacks quasiment en temps réel. Lui et sa femme Béatrice ont été super ouverts, pour accepter aussi quand ce qu’ils demandaient n’était pas possible.»Les quatre camarades ont passé entre 20 et 30 heures hebdomadaires sur leur prototype pendant les 14 semaines du projet, avec quelques nuits blanches et sueurs froides à la fin, dans l’attente d’un composant électronique dont la livraison n’arrivait pas.Au final, Hervé salue l’exploit: «Pour le peu de temps qu'ils ont eu, chapeau à eux parce que ça a donné un super produit. Les écoles d’ingénieur font souvent des demandes à des personnes en situation de handicap pour collaborer sur des projets de ce type, mais cela n’arrive quasiment jamais que la réalisation aille jusqu’au bout.»Le challenger rêve déjà de la commercialisation possible d’un tel système, une idée qui semble aussi trotter dans la tête de l’équipe, au vu des sourires de connivence à cette question. Mais la modestie l’emporte, et on n’en saura pas plus.ATC Touch-only cooktop adapter: Ghita Amrani, Chloé Abou Halka, Alessandro Minghelli, Michel Abela - 2026 EPFL - CC-BY-SA 4.0«Un merveilleux exemple de R&D»Le professeur Auke Ijspeert, responsable de la formation avec les professeurs Josie Hughes et Silvestro Micera, confie que «les présentations et démos finales du projet ATC sont toujours, pour moi, l'un des meilleurs moments de l'année. Je trouve formidable de voir toute l'ingéniosité de nos étudiantes et étudiants, ainsi que leurs chaleureuses interactions avec les challengers. J'ai l'impression que cela crée de belles amitiés et de magnifiques souvenirs. C'est un merveilleux exemple de recherche et développement au service de la société.»Quentin Delval, chef de projet accessibilité, qui coordonne le projet au sein du domaine Bien-être et inclusion de l’EPFL, va dans le même sens: «Le projet ATC est remarquable car il met en relation des publics très différents, qui parviennent à travailler ensemble pour mobiliser les compétences de nos étudiantes et étudiants de façon très créative et utile. Chaque année, je suis émerveillé de l'imagination, de l’ingéniosité et de l’humanité qui ressort des prototypes produits. Tout le monde apprend énormément durant ces 14 semaines.»Cinq autres projets ont été réalisés dans le cadre d’ATC au printemps 2026:Espace hyposensoriel pour enfants avec Trouble du Spectre Autistique, avec Eloïse Frenais, Carolyn Hull, Orsolya Nagy, Luis Rodriguez JimenezAdaptateur pour l’utilisation autonome d’un appareil photo par une personne en fauteuil roulant, avec Pierre Adamini, Alexandre Barratt, Florian Klein, Srijanani ThandaveswaranDispositif pour la composition musicale autonome pour utilisateur aveugle, avec Eloi Bressaud, Romain Frossard, Daniel Polka, Filippo TogninaDispositif assistance à l’alimentation autonome pour un utilisateur en situation de handiap, avec Loïc Delineau, Mégane Gabioud, Hugo Joncquel, Théodore Lin,Solution de freinage en vélo adaptée à un utilisateur avec ectrodactylie, avec Hema Gouled, Nzian Koffi, Rémy Muhlethaler, Camilla Varottohttps://make.epfl.ch/projects/56/make-epfl-assistive-technologies-challenge-56
Ce que l'industrie n'a pas encore inventé, des étudiants le font
Assistive Technology Challenge (ATC) est un projet MAKE de l’EPFL qui propose à des étudiantes et étudiants en Master de créer une solution utile à des personnes en situation de handicap.






