Société Le 9 juillet, les eurodéputés ont voté la prolongation d’un texte qui autorise la surveillance des communications privées en ligne afin de détecter du contenu pédocriminel. Faut-il s’en réjouir ? Décryptage. Avec Chat Control 1.0, Gmail, Facebook, Messenger ou Snapchat peuvent détecter du contenu pédocriminel sur les messageries non chiffrées. Photo Matt Cardy/Getty Images Par Olivier Tesquet Publié le 16 juillet 2026 à 14h30 Dans un dessin de presse américain de 2005 passé à la postérité, l’Oncle Sam tend un paquet étiqueté « Contrôle d’Internet » à un journaliste cravaté qui lui demande comment il souhaite emballer celui-ci. Deux rouleaux de papier cadeau pendent derrière lui : « antiterrorisme », frappé de bannières étoilées ; et « protection de l’enfance », imprimé de fleurs et de petits chats. Vingt ans plus tard, l’Europe rejoue la même scène : le 9 juillet, Bruxelles a prolongé pour deux ans « Chat Control », une dérogation temporaire à la législation sur la vie privée, destinée à détecter les contenus pédocriminels en ligne. Explications. Seuls certains messages concernés Ce vote concerne uniquement Chat Control 1.0 : l’exception qui permet à des services comme Gmail, Facebook, Messenger ou Snapchat de détecter du contenu pédocriminel sur les messageries non chiffrées. Les communications chiffrées de bout en bout comme WhatsApp ou Signal, inaccessibles sans scan préalable et systématique de tous les messages, ne rentrent pas dans le périmètre. Ce deuxième point de débat, le plus sensible et le plus contesté, est l’objet d’un autre texte. Surnommé Chat Control 2.0, ce projet de règlement ambitionne d’identifier les contenus illégaux via une « modération » en amont de l’envoi. Bloquées depuis 2022, les négociations au couteau doivent reprendre à l’automne sous la présidence irlandaise de l’UE. À lire aussi : WhatsApp, Signal… L’UE s’apprête à surveiller tous nos messages au nom de la lutte contre la pédocriminalité Adopté malgré un vote minoritaire C’est le point le plus contre-intuitif : le 26 mars, les députés européens s’étaient prononcés contre la prorogation de Chat Control 1.0, mais le Conseil de l’Union européenne, favorable au texte, a renvoyé celui-ci devant le Parlement pour une seconde lecture. Le 9 juillet, 314 eurodéputés ont à nouveau voté le rejet de Chat Control 1.0, contre 276 pour son maintien. Or il fallait une majorité absolue de 361 voix pour bloquer la proposition du Conseil. Faute de quoi le texte a été adopté, malgré, donc, l’opposition majoritaire des votants présents. L’enfer est pavé de bonnes intentions Depuis quatre ans, Chat Control revient par la fenêtre au nom de la protection des enfants. Une absolue nécessité qui justifie les plus mauvais remèdes, et n’est pas sans rappeler les prorogations successives du Patriot Act dans l’Amérique post-11 Septembre, ou de l’état d’urgence en France après les attentats de 2015. Le mécanisme est immuable : un régime d’exception présenté comme transitoire qui devient permanent et acceptable par habituation. « Que Chat Control avance contre la volonté de la majorité des députés européens votants est une farce, et cela nuit à la démocratie, a réagi le soir même, sur son site, l’ancien eurodéputé allemand du Parti des pirates Patrick Breyer, qui suit le dossier depuis le début. « Les vrais perdants de ce processus antidémocratique, ce sont nos enfants. L’adoption d’un véritable règlement permanent de protection de l’enfance est désormais sérieusement compromise. Le Conseil n’acceptera jamais le changement de paradigme dont nous avons pourtant cruellement besoin, tant qu’il pourra continuer à s’en tenir à l’ancienne méthode : un scan sans motif de suspicion, laissé au bon vouloir de l’industrie technologique. » Rendez-vous au prochain round. Société Surveillance Libertés publiques Union européenne Pédocriminalité Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots. Pour ce faire, le soutien et la fidélité de nos abonnés est essentiel. Nous vous invitons à rejoindre à votre tour cette communauté en vous abonnant à Télérama. Merci, et à bientôt. S’abonner
Pédocriminalité en ligne : c’est quoi le texte “Chat Control” adopté par le Parlement européen ?
Le 9 juillet, les eurodéputés ont voté la prolongation d’un texte qui autorise la surveillance des communications privées en ligne afin de détecter du contenu pédocriminel. Faut-il s’en réjouir ? Décryptage.







