"C'est 'la' grande réforme de société d'Emmanuel Macron. Celle que le président français inscrira à son bilan après dix ans de pouvoir", commente le journal belge Le Soir. Après plus de deux ans de débat, les députés français ont adopté le projet de loi sur la fin de vie par 291 voix contre 241, ce mercredi 15 juillet. "Le président français, Emmanuel Macron, aborde la dernière ligne droite de son mandat et certaines des promesses qu'il avait faites au début de son deuxième mandat sont désormais tenues in extremis" observe de son côté le titre espagnol El Pais. Car après quatre approbations de l'Assemblée nationale et trois rejets du Sénat, le texte a connu un parcours législatif du combattant. Des difficultés qui n’ont pas échappé à la presse étrangère. El Pais note que le projet de loi "a été adopté au terme d'un parcours parlementaire mouvementé, qui avait débuté avant la dissolution traumatisante de l'Assemblée nationale en 2024 et avait repris il y a un an et demi." Le New York Times parle pour sa part d'un "bras de fer législatif". Une réforme sociale d’ampleur Les médias internationaux semblent aussi s'accorder sur l'aspect historique de la réforme. Le journal américain ne fait pas exception et constate que "cette loi marque l'un des plus grands bouleversements sociaux que la France ait connus depuis des décennies et fait entrer le pays dans le cercle très restreint des nations ayant légalisé une forme d'aide médicale à mourir." Effectivement, "la Suisse, où cette pratique est légale depuis 1942, a longtemps fait figure d'exception, jusqu'à ce que des pays comme la Belgique, les Pays-Bas et l'Espagne adoptent des lois similaires au cours des vingt-cinq dernières années. Au total, six pays, dont la France désormais, l'ont légalisé", indique le New York Times, qui rappelle qu'"aux États-Unis, l'aide médicale à mourir est légale dans une douzaine d'États".En Suisse, Le Temps souligne également un "changement sociétal profond", et voit dans l'adoption du projet de loi "la preuve que la démocratie française peut encore fonctionner malgré la guerre culturelle". Revenant sur la manière dont le vote et les débats se sont organisés, le journal se félicite en effet de constater que "l’aspect intime et émotionnel du sujet aura été respecté". Et d'ajouter : "La liberté de vote est restée totale dans tous les groupes politiques. Chacun a pu voter en conscience." Concernant l'opinion publique française, Le Temps juge que celle-ci est "désormais relativement apaisée sur le sujet", et anticipe que le texte sur la fin de vie sera "pacifiquement implémenté". "La levée de boucliers populaires n’a pas du tout eu lieu, le pourrissement du débat n’a pas pris", écrit encore le journal suisse.Des "années de mobilisation"De fait, selon un sondage YouGov paru au mois de juin et mis en avant par Le Soir, 75 % des Français se disent favorables à la création d’un droit à mourir. Mais contrairement au Temps, Le Soir rappelle bien que la promesse d'Emmanuel Macron a provoqué "une levée de boucliers des ultraconservateurs qui rappelle l’opposition au mariage pour tous, laborieusement voté [...] après des mois de manifestations."Même son de cloche du côté du média italien Avvenire qui se définit comme d’"inspiration catholique". Dans un article dédié à la "division du pays", le titre souligne la "large opposition dans la société et au Parlement". "Les années de mobilisation des associations engagées dans la défense de la dignité de la vie, présentes devant l'Assemblée nationale pour un rassemblement de témoignage pendant le vote, n'ont pas suffi à freiner l'adoption de la loi, mais elles ont suscité de nombreux doutes au sein de l'opinion publique française, où les voix dissidentes ont trouvé un écho et ont été entendues, notamment grâce à une mobilisation généralisée, tenace et argumentée", analyse ensuite le journal. El Pais, connu pour sa ligne éditoriale progressiste et sociale-démocrate, note également que "les tensions ont été très fortes". Des crispations que le quotidien espagnol analyse comme révélatrices d'un "fossé générationnel et moral très large dans le pays."Un texte frileux ?Sur le fond, Le Soir souligne le retard de la France par rapport à ses voisins européens et estime que le contenu du texte reste frileux par rapport à la législation belge. "Même si dans l’Hexagone, elle sera perçue comme historique, cette loi reste très en deçà du dispositif en vigueur en Belgique depuis près d’un quart de siècle : elle exclut notamment les mineurs et la souffrance psychique du dispositif". Et le titre choisi par le journal en dit long : "La France rejoint la Belgique mais à petits pas". Constatant que le texte ne parle ni de suicide, ni d’euthanasie, le quotidien estime que les députés français marchaient "sur des œufs".Le Soir rappelle d'ailleurs qu’avant même que le texte sur la fin de vie ne soit voté, l’ancien Premier ministre, François Bayrou, décrit comme un "farouche catholique et opposant à la loi", avait critiqué la législation belge qu'il jugeait trop laxiste. Une sortie qui avait "suscité un tollé" dans le plat pays. La Repubblica, autre journal italien, observe enfin que le timing de l'adoption pourrait générer quelques tensions. En effet, le vote du projet de loi intervient à un peu plus de deux mois de la visite en France du pape Léon XIV, à la suite de l'invitation d'Emmanuel Macron, des autorités ecclésiastiques et de l'Unesco. Comme le rappelle le quotidien réputé pour son positionnement au centre-gauche : "Le Souverain Pontife avait déjà envoyé un signal plutôt explicite à la France, déplorant que le monde peine à reconnaître la valeur de la vie humaine 'même dans sa dernière heure' et appelant à défendre 'la dignité intrinsèque de chaque personne'".