Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Fin de vie Fin de vie Fin de vie Éditorial Le Monde En adoptant, en troisième lecture, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir pour des malades atteints d’une affection incurable, les députés ont démontré mardi 30 juin leur capacité à répondre à un enjeu de société majeur. Le texte incarne l’un des rares engagements d’ampleur concrétisés du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 2 min. Un pas décisif a été franchi, mardi 30 juin, vers la prise en charge par la société française de la hantise suprême de chaque être humain – la peur de la souffrance insupportable au moment de la mort – et la conquête d’une nouvelle liberté, celle de choisir sa fin de vie indépendamment de l’Etat ou des religions. En adoptant, en troisième lecture, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir pour des malades atteints d’une affection grave et incurable, les députés ont montré, en ces temps d’instrumentalisation des débats parlementaires, qu’ils sont capables de délibérer sereinement sur un sujet des plus complexes et de dépasser les clivages partisans afin de satisfaire une demande sociale. Si le nouveau texte s’inscrit dans la lignée de la loi de 2005 qui a permis la « limitation ou l’arrêt » de traitements inutiles et de celle de 2016 instaurant un droit à la « sédation profonde et continue pour les malades en phase terminale », il franchit un cap décisif en instaurant un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie, autrement dit en donnant à certains patients, dans des conditions très encadrées, le dernier mot, l’ultime liberté. La France, après d’autres pays, abolit le tabou qui entoure souvent les fins de vie douloureuses, et rompt avec l’hypocrisie inégalitaire qui conduit des personnes à l’achat clandestin de produits létaux ou à des voyages à l’étranger. La légalisation de l’aide à mourir choque, dans son principe, une fraction de l’opinion pour des raisons religieuses ou par critique de son libéralisme. Pourtant, la future loi, qui doit faire l’objet d’un vote définitif le 15 juillet, se veut un point d’équilibre. Ses modalités concrètes incluent, sous réserve d’une future évaluation, des garde-fous nécessaires pour assurer le respect des patients mais aussi des soignants, protégés par une clause de conscience. Loi de compassion Le droit de choisir sa mort, comme celui d’avorter, n’oblige personne à l’exercer. Il ne retire rien à ceux qui le rejettent, pas plus qu’il ne devrait entraver l’accès aux soins palliatifs, condition essentielle pour que des malades ne demandent pas à être aidés à abréger leur vie faute d’avoir reçu des soins pouvant alléger leurs souffrances. La promesse d’un accès pour tous à ces soins ultimes, contenue dans une proposition de loi distincte votée en mai, doit être tenue. Les cinq critères cumulatifs exigés par la proposition de loi, la procédure collégiale aboutissant à la décision d’un médecin, résultent de débats longs et nourris. Quant à l’idée de laisser au patient le choix entre suicide assisté et euthanasie, elle a été rejetée. Le principe sera l’autoadministration du produit létal, l’administration par un médecin ou un soignant l’exception, réservée aux patients physiquement incapables d’accomplir ce geste. La future loi sur l’aide à mourir se caractérise aussi par sa genèse. Promesse faite sur un mode prudent par le président de la République, le texte s’est construit au fil des discussions d’une convention citoyenne, qui ont été prises en compte, puis des travaux parlementaires qui ont permis à l’opinion de se l’approprier. Elle restera aussi, dans un contexte d’instabilité politique, comme l’un des rares engagements d’ampleur concrétisés du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Non comme l’effrayante « rupture anthropologique » que dénoncent ses détracteurs, mais comme une avancée sociétale attendue depuis des années, une loi de compassion qui tente de concilier liberté individuelle et fraternité. Le Monde
Le choix de sa fin de vie, ultime liberté
ÉDITORIAL. En adoptant, en troisième lecture, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir pour des malades atteints d’une affection incurable, les députés ont démontré mardi 30 juin leur capacité à répondre à un enjeu de société majeur. Le texte incarne l’un des rares engagements d’ampleur concrétisés du second quinquennat d’Emmanuel Macron.











