C'est un nouveau revers dont Giorgia Meloni se serait bien passée. Un choc politique dont les conséquences pourraient se faire sentir au sein de sa majorité. Mardi 14 juillet, à la Chambre des députés italienne, un amendement clé de sa réforme électorale a été rejeté à une voix près. Lors d'un scrutin à bulletin secret, les députés ont repoussé une proposition de Fratelli d'Italia, le parti de la Première ministre. Une surprise puisque la mesure avait pourtant reçu le soutien annoncé des deux principaux alliés de la coalition au pouvoir, la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia d’Antonio Tajani. Résultat : 188 voix contre 187. Un vote symbolique, mais politiquement lourd, qui révèle des fissures au sein de la majorité gouvernementale.La réforme électorale portée par le gouvernement vise à revoir le système actuel, en instaurant un scrutin proportionnel assorti d'une prime majoritaire pour la coalition arrivée en tête. L'objectif affiché est de garantir une majorité plus stable à l'issue des élections générales prévues en 2027. Mais c'est un volet plus précis du texte qui a provoqué le premier grand accroc : celui des préférences, c'est-à-dire la possibilité pour les électeurs de choisir directement, au sein d'une liste, les candidats auxquels ils souhaitent donner un siège."Le manque de voix au sein de la majorité appelle à une réflexion", a réagi Giorgia Meloni sur Facebook, évoquant une "occasion manquée pour les Italiens". La Première ministre a aussi dénoncé un système où, selon elle, "le marécage a encore gagné" après avoir écrit : "Nous avons tenté le coup." Chasse aux "dissidents"Par ailleurs, la défection d'un certain nombre de députés de la majorité a immédiatement déclenché une chasse aux coupables. Selon plusieurs responsables politiques cités par les médias italiens, une trentaine de parlementaires de la coalition auraient bravé la consigne gouvernementale. Francesco Lollobrigida, figure de Fratelli d'Italia, a évoqué l'existence de "dissidents" ou de "francs-tireurs".La Repubblica, quotidien italien de centre gauche, a largement consacré ses analyses à cette "traque des traîtres", qualifiés de "Badogliani" par certains proches de Meloni. Une référence lourde dans l'histoire italienne : Pietro Badoglio, maréchal du régime fasciste devenu chef du gouvernement après la chute de Mussolini en juillet 1943, avait signé l'armistice avec les Alliés. Dans la mémoire des nostalgiques du fascisme, son nom reste associé à la trahison.Toujours selon La Repubblica, les soupçons se concentrent notamment sur Forza Italia et la Ligue, les deux alliés de Giorgia Meloni. Les responsables de la coalition cherchent à reconstituer le vote : qui était présent dans l'hémicycle, qui a voté, qui a manqué à l'appel. Le journal raconte même que certains élus ont observé la manière dont leurs collègues déposaient leur bulletin dans l'urne pour tenter d'identifier les opposants. De son côté, la Ligue affirme ne pas être responsable de la défaite. Riccardo Molinari, chef du groupe parlementaire du parti, estime que "plus de trente" élus ont fait défaut et l'assure : "Aucun d'entre eux n'est des nôtres".Ce camouflet constitue une nouvelle difficulté pour Giorgia Meloni, déjà fragilisée par l'échec du référendum sur la réforme de la justice en mars dernier, tandis que les sondages sont loin de lui garantir une nouvelle victoire en 2027. L'opposition n'a d'ailleurs pas tardé à exploiter cette séquence. Les partis de centre gauche ont appelé à sa démission, accusant la Première ministre de vouloir réécrire les règles électorales à son avantage avant les prochaines législatives. L'épisode a également ravivé les spéculations sur une dissolution anticipée du Parlement. Selon plusieurs médias italiens, Giorgia Meloni aurait prévenu ses alliés avant le scrutin : si l'amendement sur les préférences était rejeté, un retour aux urnes pourrait être envisagé. Une hypothèse qui ne s'est finalement pas concrétisée, mais qui témoigne de la nervosité régnant au sein de la coalition. Pendant ce temps, la réforme électorale poursuit, elle, son parcours législatif dans un véritable champ de mines politique.
Des "traîtres" dans sa majorité : en Italie, Giorgia Meloni fragilisée par un nouveau camouflet
Le rejet surprise d'un volet de la réforme électorale portée par la Première ministre, à une voix près, expose les fractures de la coalition gouvernementale et ouvre une nouvelle séquence de tensions politiques.










